Mais qui sont donc ces Monténégrins ?

Mariana_Mihajlovi_

Ce qui frappe lorsque l’on entre au Monténégro c’est la place qu’occupe la nature. L’indiscutable qualité des paysages fait la renommée du pays. La forêt est omniprésente, dense, envoûtante.

Elle daigne parfois céder la place aux prairies fourragères. Ces prairies où les andains de foin, hauts de 3 mètres, savamment agencés, trônent, monumentaux.

Car ce pays est encore très rural. Rural et figé dans le temps. Comme si tout s’était arrêté, il y a déjà bien longtemps. Un pendant européen de la célèbre Cuba, presque une jumelle.

De la rouille, des crépis écaillés, des bosses, des boursouflures, des trous, voilà ce qu’offre à la vue du promeneur l’architecture locale.

La nature, elle, impose sa présence, toujours. Et cela, même au cœur des villes.

Mais quel peuple peut bien se cacher derrière un tel décor ?

Ce qui va suivre n’a aucune valeur scientifique. Il s’agit du regard objectivement subjectif de deux curieux de passage dans la région.

La famille

Les Monténégrins vivent dehors.

A la maison, assis devant la porte, discutant ou observant le passage sur la route. Dans la rue, attablés à la terrasse des cafés, véritables institutions. On y boit un thé vert, un café turc, un expresso, une bière locale.

On y échange. On y fume aussi. Beaucoup, sûrement trop.

Et surtout, on y observe, on y commente. La promenade rituelle du soir, sur la place centrale, est le point d’orgue de ce travers national.

Les femmes sont tirées à quatre épingles, parfumées, maquillées, soigneusement coiffées. Les tenues sont généralement courtes, parfois kitsch, et laissent entrevoir des jambes que l’on croirait échappées des podiums parisiens.

Le compagnon n’est jamais loin, massif, grand, dominateur.

Pourtant, les femmes paraissent régenter le quotidien. Ce sont souvent elles qui maîtrisent l’anglais, passeport pour l’évasion. Elles aussi qui tiennent les boutiques, soignent l’intérieur.

Les enfants quant à eux sont omniprésents, nombreux, centraux.

Les couples, jeunes, promenant la marmaille en poussette à l’heure du paseo, sont légion.

Heureux le vendeur de couches ou de cigarettes au pays de la Montagne Noire !

Un accueil généreux

Lorsque l’on vous prend en autostop, c’est en tant qu’invité que vous êtes véhiculé. Il est normal de vous offrir cigarettes, boissons, glaces. Et ne demandez surtout pas à participer aux dépenses, c’est insultant. Vous aurez tout le loisir de le faire lorsque votre hôte se transformera en visiteur, chez vous, un jour, en France.

Votre hôte n’hésitera pas non plus à échanger dans sa langue, le Serbe, prenant le temps de vous parler de lui, de sa région, même si, de toute évidence vous ne le comprenez pas.

La culture de la débrouille

Les Monténégrins ont parfois quelque chose de triste dans le regard, de résigné. Une résignation face au quotidien. Pas de travail, pas d’argent, pas d’industrie, pas de visa pour l’Union si proche.

Mais cette résignation a ses limites. Le système D est la norme.

On rafistole les voitures hors d’âge, Volkswagen et autres Lada particulièrement.

On cultive son potager, pommes de terre en priorité, à la campagne comme à la ville.

Pas une maison, pas un immeuble résidentiel, sans son tas de bois de chauffe. L’accueil de touristes à la maison pour 3 francs 6 sous est courant.

On cueille aussi les fruits de saison en forêt, myrtilles, fraises, framboises, pour les vendre  à 1 Euro le gobelet sur des étals de fortune.

L’utilisation généralisée de plantes médicinales concurrence la pharmacie du quartier.

L’ombre du passé

Et puis il y a ce passé, bien présent. Celui que nous maîtrisons peu, mais que nous devinons et qui structure encore ici une part importante du quotidien.

Au cours de nos balades nous surprenons la silhouette d’un Che Guevara faisant face à celle de Tito sur une parabole.

La faucille et le marteau s affichent encore fièrement au front de quelques monuments aux morts.

Si vous regardez de près ces panneaux qui remplacent ici notre page nécrologique, vous remarquerez que la population locale se partage en trois obédiences.

La première regroupe celle des orthodoxes. Vous les reconnaîtrez aisément, la photo du défunt étant surmontée d’une croix.

La seconde est celle de ceux qui ne croient pas, simples athées, laissant un vide au dessus de leur trombine.

Les derniers sont les plus curieux. La religion est l’opium du peuple disait un idéologue allemand. Et bien ceux-là sont auréolés d’une étoile rouge, drôle de religion.

Silvère.

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