Sokol, patriote malgré tout

11 août, nous quittons Fier, ville sans grand intérêt, où nous avons passé la nuit dans un hôtel miteux, le plus cher de ce premier mois de voyage !

A la sortie de la ville, bien rodés, nous tendons le pouce. Objectif, nous faire conduire quelques kilomètres avant Ballsh où nous pourrons randonner sur de petits chemins de campagne, loin des grosses agglomérations albanaises et rallier Berat en deux jours.

Rapidement un gros 4×4 noir, rutilant, se gare sur le bas côté.

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Photo Toto Caribo

 Sokol et son père

A l’intérieur deux hommes.

Sokol, allure soignée, imposant, amical.

Son père, homme buriné par le soleil, coiffé d’un béret noir, le visage barré d’une moustache, et dont le sourire met en valeur deux billes bleues malicieuses.

Les deux hommes se rendent à un mariage, à Ballsh. Très vite, Sokol nous propose une visite personnelle de la région. Nous acceptons.

La voiture s’avance au milieu de collines brûlées par les assauts du soleil et parsemées de pipe lines. Sokol nous apprend que l’Albanie est littéralement assise sur d’énormes réserves de pétrole.

Le marche de Ballsh

Nous traversons Ballsh, ou se tient le marché du dimanche. Le drapeau albanais, rouge sang, sur lequel trône fièrement un aigle noir, bicéphale, toutes ailes dehors, est partout. L’Albanais est extrêmement patriote. Il aime sont pays et le montre.

Une foule de vendeurs et d’habitués ont envahi la rue principale. Légumes, vêtements et matériel d’occasion en tout genre, maïs grillé, tout se vend et tout s’achète.

Une vieille dame, vêtue de noir, signifiant ainsi qu’elle portera jusqu’au dernier souffle le deuil de son défunt mari, traverse la rue. Comme elle, des milliers de femmes perpétuent cette tradition, du nord de l’Albanie au confins de la Crète. Elle porte au pied des chaussures d’homme élégantes, beaucoup trop grandes pour elle, symbole malgré elle d’une Albanie qui souffre mais qui avance, malgré tout.

Byllis

Nous dépassons la bourgade et apercevons le village natal de Sokoll sur la droite, perdu en forêt, dans la montagne, et atterrissons sur le site antique de Byllis.

Sokol tient à nous faire partager son affection pour ce site étendu sur plus de 30 hectares, difficile d’accès et donc peu visité. Edifié à 500 m d’altitude, sur un plateau situé au milieu des collines de Mallakastër, le lieu est bordé par la rivière Vjosa dont le lit imposant se colore par endroit de dépôts sableux gris.

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Photo Toto Caribo

Nous découvrons, au milieu d’herbes jaunies par la chaleur ou vivent tortues, fourmis et lézards, les classiques thermes, agora et théâtre qu’offrent ce type de site. Le tout dans un bel état de conservation. L’endroit est captivant.

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Site antique de Byllis
Photo Toto Caribo

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Photo Toto Caribo

Constat accablant

Sokol se livre peu à peu, ponctuant chaque fin de phrase d’un amical « my friend ».

Il adore ce site parce qu’il y a passé de nombreuses après-midi d’exploration et de jeu avec ses deux garçons.

Puis Sokol nous explique qu’il a vécu 12 ans en Grèce et 6 ans en Angleterre, avant de revenir au pays. De son coté, son père vit en Albanie depuis 2 ans après avoir passé de longues années en Grèce.

Nous posons quelques questions à notre hôte sur la région, le pétrole. Son regard se durcit. Sokol, n’est pas en colère, révolté bien sûr, mais résigné surtout.

Le bilan est accablant. Le pays est riche. Le pétrole coule à flots et l’Albanie peut compter sur une population jeune. Les moins de 25 ans représentent 40 pour cent de la population !

Pourtant le constat est édifiant. Une classe dirigeante corrompue semble indécrottablement installée. La corruption frise des sommets, et l’argent ne circule pas.

Sokol est fier payer impôts et taxes liés à son double statut de citoyen albanais et d’entrepreneur dans la construction en bois. Il regrette seulement qu’en retour le minimum à ses yeux, routes, électricité, eau ne soit pas assurées correctement.

Il est vrai que les routes ne sont en Albanie qu’une succession de bosses, de nids de poule, quand ce n’est pas une partie de la chaussée qui fait défaut.

Quant à l’électricité les coupures quasi quotidiennes sont une calamité.

Sokol en vient même à regretter l’ère Enver Hoxha. Certes il est heureux de ne plus voir son pays enfermé dans une paranoïa suicidaire qui l’a poussé à l’isolement pendant de trop longues années. Mais avant,  les services vitaux étaient assurés, la vie était plus facile.

Café-raki

Nous poursuivons la conversation autour d’un café et d’un verre de raki que Sokol tient à nous offrir. Son père impassible, roule une cigarette, silencieusement.

Sokol poursuit. Cet homme aime son pays, de tout son être. C’est un patriote convaincu, animé par les valeurs que tout un peuple s’évertue à faire vivre, générosité en tête.

Pourtant, impuissant, désabusé, il ne souhaite qu’une chose, quitter l’Albanie. Le plus rapidement possible, dès que ses enfants auront terminé leur scolarité et partir loin, là où la vie lui semble plus douce.

D’autant que l’avenir est loin d’être prometteur. L’usine de raffinage de la région, la plus grande des Balkans, a fermé ses portes il y a trois mois. Délocalisation violente qui laisse 2000 familles sur le carreau.

Sokol nous parle maintenant du site. De riches Grecs ont, au cours des années 90, acheté illégalement tout ce qui pouvait l’être, sculptures en tête. Un pillage en règle qui a énormément appauvri la qualité du site…

Nous buvons nos cafés, la gorges brûlées par ce raki matinal et le cœur lourd…

Bonne route

Nous terminons la visite du site, par l’exploration des ruines d’un ancienne basilique. Des mariés posent face à l’objectif d’un jeune photographe un peu plus bas.

Un homme vient à la rencontre de Sokol. C’est le gardien. Une discussion animée s’engage. L’homme nous reproche de ne pas nous être acquittés d’un droit d’entrée. Sokol paie. « Cet homme n’est pas un patriote, my friend !», nous lance t-il.

Nous reprenons la route. La médiocre qualité de l’asphalte malmène la voiture. La tête de Florence, qui regrette de ne pas avoir apporté un casque dans son sac, percute régulièrement le carreau. « This is Albania, my friend » Nous dit Sokol mi-amusé, mi-resigné. Phrase maintes fois entendue dans les autos albanaises…

Sokol nous arrête à l’embranchement qui va marquer pour nous le début de 2 jours de marche a travers la campagne albanaise.

On prend le numéro de téléphone, l’adresse mail, et adressons nos derniers remerciement appuyés face à l’accueil des deux hommes.

« C’est mon plaisir, my friend » nous répond simplement Sokol.

Sac sur le dos nous prenons la route.  Sourire aux lèvres, ayant compris que nous parlions quelques mots de grecs, le vieux nous lance un chaleureux « καλό δρόμο !», bonne route !

 Silvère

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Photo Toto Caribo

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