Mavrovo : mais ils sont où les Macédoniens ?

Après notre épisode balnéaire à Ohrid, notre soif de randonnée risque fort d’être assouvie au parc national de Mavrovo, au nord ouest de la Macédoine, à la frontière avec l’Albanie. 73 000 hectares de verdure, lac et montagnes nous tendent les bras, et on n’a qu’une envie, s’y jeter !

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Sur la route de Mavrovo
Photo Yann

La route qui nous mène au parc est particulièrement jolie. Elle longe une rivière tortueuse dont le lit se transforme progressivement en gorges. Les villages de cette région sont tous dotés d’une ou plusieurs mosquées dont les minarets blancs se détachent des forêts de pins. Les clochers des petites églises orthodoxes sont quant à eux plus discrets. De la musique folklorique monte des villages où les mariages se célèbrent en grand nombre en cette période estivale.

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Village de Rostuša
Photo Toto Caribo

Notre arrivée au parc de Mavrovo est matérialisée par le passage d’un premier barrage hydroélectrique, gardé par des policiers en uniforme. Tandis que les passagers d’une voiture glissent un billet à l’un d’entre eux, nous nous avançons et Yann lance un enthousiaste « mirëdita ! », « bonjour ! » en albanais. Nous sommes en Macédoine, la population albanaise y représente 40%, les deux nationalités s’entendent cordialement, mais il ne faut pas froisser la susceptibilité des Macédoniens. En Macédoine, la langue officielle est le macédonien et il est recommandé de l’utiliser préférentiellement. Le policier corrige donc immédiatement le fifrelin.

L’orage menaçant donne des lumières et nuages sympathiques dans le ciel. Je m’empare de l’appareil photo, mais j’avais oublié que les barrages étaient des endroits stratégiques que l’on ne peut prendre en photo… Ainsi, à l’autre bout du barrage, un vieil homme à lunettes me mime l’ordre de lui montrer mes photos. Il constate que les clichés ne concernent que de jolis moutons blancs sur ciel bleu et nous laisse passer.

Nous longeons le lac à pied, 6km pour rejoindre le village principal du lac. Sur notre route, des petits chalets construits sur les flancs des rives du lac abritent des familles venues passer le week-end au vert. Le style de ces chalets rappelle les stations de ski de première génération que l’on trouve dans nos massifs français. Un brin vétustes, parfois inoccupés, ils constituent le cadre résidentiel du parc de Mavrovo. Les hôtels en forme de pyramide ou à la géométrie surannée sont situés en bordure immédiate du lac ou bien au pied de l’unique station de ski du parc.

Le soleil disparaît derrière les montagnes, le lac, situé à 1200 m d’altitude, s’assombrit. L’humidité participe au rafraîchissement général de l’atmosphère. L’idée de dormir en tente, inconsciemment, ne nous emballe guère car on anticipe le froid de la nuit. La recherche de chambres chez l’habitant nous permet de goûter au coût de la vie dans cet endroit touristique, et nous ne sommes pas déçus.

Notre première indication table sur des prix aux alentours de 30 euros pour trois. Nous n’avons jamais payé une telle somme jusque là, alors joueurs, nous sommes convaincus que nous trouverons moins cher ailleurs. Dans un bar, une serveuse autoritaire nous suggère de patienter un peu, elle connaît un homme qui aurait ce qu’on recherche. L’homme arrive quelques minutes plus tard. Son prix est de 25 euros. On entame la négociation en faisant valoir qu’à Ohrid, station balnéaire, les prix étaient bien moins élevés. On propose 18 euros. L’homme tranche : c’est non. 10 secondes plus tard, il claque coffre et portière et fait vrombir son moteur. Bon… Finalement, on trouve une chambre chez l’habitant, ou plutôt chez l’habitante, pour 20 euros.

Nos estomacs sont affamés, on cherche un endroit où manger. Il est près de 21h, les restaurants ou snacks sont en train de fermer. Il n’y a pas de clients dans ce parc, pas de touristes non plus, ou très peu, donc rien ne justifie un service tardif. Résultat, on se trouve à manger une salade de légumes et un bol de soupe pour des prix qui paraissent exorbitants par rapport a ce qu’on a connu jusqu’alors. Les tarifs des consommations sont étrangement semblables à la France, alors que ni l’affluence presque inexistante, ni les infrastructures sur place ne les justifient.

La marque de fabrique de ces hôtels, restaurants et cafés, en termes de décoration est immanquablement la peau d’animal sauvage suspendue aux murs jaunis. Comme un symbole d’authenticité, de caractère montagnard ou gage de qualité, la peau d’ours, de loup ou de lynx est l’incontournable, offrant au touriste un spectacle qu’appréciera l’amateur de chasse ou une vision d’horreur pour les sensibles à la cause animale. J’ai pris une bière sous une carpette de loup et je ne suis pas prête d’oublier ce regard vide, tous crocs dehors, que je sentais au-dessus de mes épaules.

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Miam !
Photo Yann

Ensemble, nous nous étonnons de la faible affluence du parc national. En effet, hormis le week-end où les familles investissent les maisons, louent des chambres ou des appartements, le parc est littéralement vide. Pas de commerces, des mini-markets qui ne proposent que le strict minimum en alimentation mais le maximum de sucreries, chips et autre junk food.

Il y a bien une tentative d’attirer du monde dans ce parc en créant un rendez-vous annuel incontournable : l’Eco-Green Festival de Mavrovo, 3 jours de concerts jusqu’au petit matin. Sponsorisé entre autres par Redbull, Dacia et Arcelor Mittal pour ne pas les citer, nous cherchons encore le côté « green » du festival.

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Les concerts s’enchaînent toute la nuit et pleins d’audace, on décide d’assister à la soirée de clôture car quand même, on est des djeun’s ! 22h, on s’avance vers le stade de football réquisitionné pour l’occasion. Les moyens mis en œuvre sont importants : plusieurs buvettes, des rangées de toilettes chimiques, un service de sécurité d’au moins 10 armoires, une scène relativement grande avec en fond, des écrans géants qui diffusent des spots publicitaires pendant que les groupes jouent. Les organisateurs attendent sans doute un ou deux milliers de personnes.

Arrivés sur place, une foule d’une trentaine de personnes frigorifiées dansottent, esquissant des petits mouvements rythmés, passant d’un pied à l’autre. Les buvettes fonctionnent à peine et c’est avec joie que 4 jeunes nous accueillent lorsqu’on souhaite commander une bière. Cela leur permet d’avoir un peu d’activité. Derrière eux, les stocks impressionnants de Skopsko, la bière du coin, n’ont pas été entamés du week-end.

Sur la scène, des groupes locaux chantent et jouent sur des reprises à partir de bandes sonores pré-enregistrées. Difficile pour eux de mettre de l’ambiance lorsque le public dépasse à peine 100 personnes… Par conséquent, ils se font plaisir, et ils ont bien raison, en s’offrant des solos de leur instrument fétiche. Une façon de s’amuser quand même. Changement de groupe, autre ambiance, résolument rock cette fois. AC/DC, les Scorpions, Rammstein, les Beatles sont repris tandis qu’une équipe de jeunes filles délurées, engagées pour une action marketing d’une marque d’alcool fort, monte sur scène pour proposer aux chanteurs et musiciens un peu de leur breuvage, servi dans des tubes à essai.

Littéralement congelés par l’humidité et la canette de bière fraîche que l’on tient dans la main, on quitte le concert alors que le public s’est agrandi d’un groupe de jeunes sportifs venus jouer une rencontre de football programmée le lendemain. Sans regrets, on rentre dans notre petit chez nous du moment, un peu sur notre faim de rencontres et de découverte de culture locale…

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Le site du festival

Malgré ce portrait peu vendeur du parc national de Mavrovo, j’en suis bien consciente, il y a là encore un potentiel énorme en terme de développement du tourisme vert car le cadre est vraiment très beau, en témoigne la longue randonnée que nous y avons faite…

À suivre

Florence

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Une réflexion sur “Mavrovo : mais ils sont où les Macédoniens ?

  1. merci encore pour vos commentaires, effectivement ce parc national semble très beau ! Les souvenirs vont être nombreux ! Merci pour ta carte qui nous as fait très plaisir ! Nous t’embrassons très affectueusement;. Continuez d’en profiter un maximum ! Bisous Maman

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