De l’audace !

Dimanche 18 aout, rando day ! Le départ n’est pas très matinal car on part dans l’idée de faire une randonnée douce, c’est-à-dire qui nous laisserait suffisamment de jus pour repartir le lendemain sur une distance plus conséquente. Et puis, le soir, on mise sur l’Eco-Green Festival pour y rencontrer du monde…

Sauf qu’on n’a qu’une vie et que dès qu’un sommet apparaît quelque part sur l’horizon, il y a toujours quelqu’un, Silvère en l’occurrence, pour nous exciter la glande de l’audace avec sa désormais célèbre devise. Voila comment une courte randonnée se transforme en véritable aventure au long cours.

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Photo Yann

Nous partons au pied des stations de ski de la ville de Mavrovo pour nous enfoncer progressivement dans une grande forêt de hêtres. Régulierement, nous traversons des clairières de fougères à enjamber, pousser, tortiller, écraser (pardon !) car le chemin a complètement disparu sous la masse verte. Seules les balises peintes sur les troncs d’arbres nous indiquent où ressortir après la bataille.

Nous débouchons enfin sur de vastes prairies jaunies par le soleil, destinées au pâturage des bêtes. En nous retournant, le lac de Mavrovo se dévoile sous nos yeux. En face de nous, le Kjurkov Dol (2110 m) fait son apparition, tel une pyramide qui domine la grande prairie. Ses flancs rocailleux et raides dressés vers le ciel sont à la fois impressionnants et excitants.

Quelques pourparlers entre nous pour décider ou non de rallonger la balade en grimpant sur ce sommet, et nous voilà partis pour faire chauffer cuisses et mollets. Avant de nous attaquer à la pente, on a besoin de remplir nos bouteilles d’eau. On a de la chance, notre sentier passe non loin d’une bergerie, et le berger n’est pas loin, au milieu de ses bêtes.

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La bergerie et Doriane, le cheval, au premier plan
Photo Yann

Nous allons à la rencontre du petit homme, casquette vissée sur les oreilles, à la peau tannée par le soleil pour lui demander de l’eau. Il attrape nos bouteilles, lâche son troupeau, nous intime l’ordre de nous asseoir sur le petit banc adossé à la petite maison et se dirige vers la source qui coule sur son terrain. En revenant, un collègue grand et bedonnant le rejoint.

On nous propose de boire un café. Il est 11h30. Nous acceptons même si nous savons pertinemment que nous ne devons pas nous attarder car ces derniers jours ont été marqués par des orages qui éclatent dans l’après-midi. Si nous voulons éviter l’orage pendant que nous sommes sur les crêtes, alors on ne doit pas y parvenir trop tard.

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La bergerie
Photo Fliflounette

L’homme bedonnant sort quelques morceaux de bois et prépare le feu pour le poële qui se trouve dans l’unique pièce de la maison. Deux lits et une table pour seul mobilier, confort minimaliste pour ces hommes des montagnes. Un bon quart d’heure après, 4 cafés turcs arrivent sur une barquette de polystyrène, coquet plateau pour nous autres, invités du jour.

Nous tentons de discuter avec les deux hommes qui ne parlent que quelques mots d’anglais, un peu de français, appris a l’école mais oublié. Notre macédonien étant également rudimentaire, notre lexique nous aide pourtant à lancer quelques sujets de conversation.

Silvère demande s’ils fabriquent du fromage ici, à partir du lait de leurs brebis. L’homme rondouillet au sourire malicieux acquiesce et se lève aussitôt pour se rendre dans un bâtiment à côté de la bergerie. Il revient avec deux assiettes : dans l’une, du fromage frais de brebis (« sirene » en macédonien) à deux stades de maturation différents, dans l’autre, de gros morceaux de pains frais offerts pour accompagner. Touchés par cette attention, on déguste la délicieuse production on ne peut plus locale en continuant à converser.

Le petit berger, sourire pudique, discret, nous explique qu’il a servi pendant 7 ans au sein de l’OTAN lors de la guerre en Irak en 2003. L’information détonne et on est un peu partagés entre curiosité et volonté de ne pas trop en savoir plus.

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Le Kjurkov Dol (2110 m)
Photo Yann

La conversation passe ensuite aux origines de chacun des deux hommes. Le grand homme qui fabrique du fromage vient d’une région située à près de 100 km de Mavrovo. Très jovial, il tente quelques mots de français, de ce qui lui reste de ses études et s’enquiert de savoir comment il faut répondre à un merci en français. Je lui réponds « de rien ». Il essaie de répéter tant bien que mal, les sons nasaux n’étant pas les plus simples à prononcer pour un étranger. Après quelques essais, il éclate de rire. Son petit cheval blanc attaché un peu plus loin sur le terrain s’appelle Doriane ! Hilarité générale.

Avant de nous quitter, nous proposons de faire une photo dans ce cadre magnifique, après avoir passé un très bon moment ensemble. Le bon vivant ne manque pas l’occasion de faire le pitre : il ne s’est pas suffisamment bien habillé pour la photo. Il plaisante en montrant son pantalon troué et ses bottes en caoutchouc. De nouveau, fou rire général. On se quitte avec de grands saluts amicaux, notre sommet nous attend.

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Pas de sentier balisé pour monter au sommet. Nous déterminons notre chemin en observant les pentes de la montagne. On se lance dans une descente raide qui nous mène dans le lit d’une rivière asséchée, puis nous nous attaquons aux flancs de la montagne. La progression est rapide malgré la pente raide. L’orage qui commence à gronder dans mon dos me rend timorée. Je ne suis pas sûre de vouloir poursuivre, la peur de vivre un orage dans une zone aussi exposée me rend indécise. Après avoir vécu un gros orage sur les crêtes du GR 20 en Corse, je ne tiens pas à revivre la même expérience.

Mais le sommet n’est vraiment pas loin et les garçons, postés quelques mètres au-dessus de moi me poussent à les rejoindre. Allez, on n’a qu’une vie ! L’orage se fait plus pressant. Le massif du Korab qui marque la frontière avec l’Albanie est noirci par la chape de plomb qui le domine. Yann décide de s’arrêter quelques dizaines de mètres au pied du sommet tandis que Silvère et moi continuons jusqu’en haut. Une deuxième pointe, légèrement plus élevée constitue le véritable sommet. Silvère la rejoint en courant. Pour ma part, les premières gouttes commençant à tomber, j’hésite à le suivre, puis, ayant peur de glisser sur les pierres en redescendant, je préfère rejoindre Yann.

Au total, 30 minutes d’ascension, 15 minutes de descente, 3 gamelles plus loin (merci l’herbe mouillée), nous voilà à l’abri. L’orage semble vouloir contourner le massif, ce qui nous permet de poursuivre notre randonnée en évitant les grosses averses. C’est néanmoins la première fois depuis le début de notre périple que nous sortons les k-ways !

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Photo Toto Caribo

Le reste de la randonnée se fait sous le ciel gris, toujours menaçant, mais donnant des lumières splendides. Un berger, portant des bottes en plastique pour éviter les morsures de serpent, nous indique la bifurcation que nos esprits vagabonds n’avaient pas remarquée. On se trouve obligés de couper à travers les sous-bois de hêtres. Un homme qui charge du bois sur son cheval nous conseille de suivre les traces de pas de la bête pour déboucher sur la piste forestière qui nous ramènera à bon port.

La balade se termine après 21 km de plaisir et 1200 m de dénivelé pour nos gambettes ! Une journée bien remplie qui nous donne une nouvelle fois l’impression d’etre en voyage depuis des mois. Voilà qui donne la pêche !

Florence

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Photo Toto Caribo

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