Skopje, l’histoire revisitée

Mercredi 21 Août, départ pour la capitale macédonienne, Skopje. Une énigme, un point sur la carte peuplé de 700.000 âmes que nous partons décoder.

Nous nous réveillons aux aurores pour prendre le train de 6h15. C’est une vieille dame, un long serpent d´acier, qui nous attend en gare. Nous prenons possession d’une des cabines de notre wagon, confortablement assis sur des sièges en Skye bordeaux.

La machine se met en mouvement et quitte la ville, semblable à un défilé de chenilles processionnaires.

Début de notre échappée belle après une soirée mitigée à Gostivar.

Le train

Nous terminons d’émerger doucement, l’esprit embrumé par ce réveil matinal.

Au milieu d’une vaste plaine agricole, la locomotive stoppe régulièrement sa course dans de petites gares isolées. D’où viennent ces gens qui montent ?  Et ou vont ceux qui descendent ? Mystère…

Après une heure et demie de saute-moutons en campagne bulgare, nous atterrissons en gare de Skopje. Pas de fioriture, ni d’excentricité. Fidèle aux standards de l’architecture soviétique, la gare est tout en nuances de gris.

Nous imaginons alors découvrir une Skopje à l’image du bâtiment : triste, sans âme, vieillotte.

Nous déposons nos sacs à la consigne et partons léger visiter notre troisième capitale depuis le début de ce périple.

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Photo Toto Caribo

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Photo Toto Caribo

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Gare de Skopje
Photo Toto Caribo

Les rives de la Varda

Aux abords de la station ferroviaire, des chauffeurs de taxi en manque d’activité nous alpaguent.

Nous nous éloignons, traversons un large boulevard et atteignons les rives de la Vardar dont le lit laisse deviner un cours d’eau capricieux.

De là, nous suivons un chemin piétonnier longeant la rivière au milieu d’espaces verts. De  petits chalets de bois y font office d´abris pour quelques bouquinistes.

A l’horizon, des grues par dizaines laissent deviner une ville en pleine mutation. D’énormes bâtiments, d’un blanc éclatant et construits le long de l’eau apparaissent. Les proportions sont délirantes. Nous apprenons alors que la ville reconstruit ici un théâtre détruit par le tremblement de terre de 1963, ainsi que des Eglises, un club d’Officier, etc.

Face au chantier, deux ponts récemment jetés sur le fleuve, exhibent une armada de statues. Celles-ci  partagent l´espace avec des lampadaires vintages, alignées en rang d´oignons, donnant aux passerelles un aspect faussement néo-classique.

Sur le premier pont, les statues représentent des hommes et des femmes qui, semble-t-il, ont fait l’histoire du pays au cours du XXème siècle. Sur l’autre, il s’agit de ceux des 2000 dernières années. Ces ponts un brin mégalo, nous amusent. Nous ne sommes pas au bout de nos surprises, ceci n´étant qu’une mise en bouche.

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Photo Toto Caribo

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Photo Toto Caribo

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Photo Toto Caribo

Le cœur de la ville…au cœur de polémiques

La promenade débouche en effet sur une vaste esplanade offrant en abondance fontaines et statues. Au centre de la place, point d´orgue de la foire à la surenchère, Alexandre le Grand sur sa monture, 22 m de haut ! Un arc de triomphe tout de marbre vêtu, édifié à la gloire de la nation macédonienne, ne parvient pas  à lui faire un peu d`ombre. Tout autour, des statues gigantesques figurent des scènes clefs de l’histoire du pays, de son indépendance. Une fontaine monumentale quant à elle se veut une ode à la maternité.

Difficile de rester insensible à la folie des grandeurs qui fait vibrer Skopje. Pourtant ces projets pharaoniques, nommés “Skopje 2014” par la municipalité, sont loin de faire l’unanimité. İl est vrai que le coût de tels travaux est indécent pour un pays où les écarts de richesses nous paraissent si importants…Le sens des priorités est ici douteux.

Mais ce malaise n’est pas seulement financier. Pour certains, le mal est plus profond, plus symbolique, qualifiant parfois ce projet de révisionnisme pur et simple. En effet, à Skopje on tente d’écrire une histoire du pays en marbre et en bronze, à coup de millions d’euros. Ce pays multi-ethnique se cherche une légitimité en s’inventant un passé commun.

Un exemple emblématique : si vous observez attentivement l’arc de triomphe de la ville érige en 2011 et mettant en valeur des héros et des épisodes de l’histoire nationale, vous n’y trouverez aucune référence aux Albanais ou à l’İslam, 2 composantes importantes de la Macédoine. Pourtant l’orthodoxie y trouve naturellement sa place. Difficile à digérer pour les albanophones.

Et puis ces travaux ravivent aussi de vieilles tensions avec le voisin Grec qui ne digère pas que la Macédoine puisse porter le nom d’une de ses régions historiques. Pas plus qu’il n’accepte qu’elle s’octroie la paternité d’un Alexandre le Grand. İnutile de vous préciser que ces apparentes disputes de polichinelles cachent mal des velléités territoriales bien plus importantes pour les deux pays.

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Monument à la gloire de Prométhée, héros de la mythologie grecque
Photo Yann

La Mosquée

Quoi qu’on en pense ces grands travaux font leur petit effet. Grisant.

Nous sommes comme de petits soldats de plombs postés au milieu d’un décor trop grand pour eux. Etourdis par la démesure du lieu, nous cherchons refuge dans le bazar, quartier historiquement albanais, situé à l’est de l’ancienne forteresse.

Ruelles grouillantes de vie, à peine dénaturées par le tourisme, parsemées de boutiques : Restaurants, barbiers, épiceries,…

Nous escaladons les rues pavées, partant à l’assaut de la Mosquée Mustapha Pacha. Simple, élégante, elle surplombe le vieux Bazar et ses innombrables minarets. Nous ôtons nos chaussures sous le porche d’entrée, et enfilons des sandales en pastique mis à la disposition des fervents.

A l’intérieur un silence épais offre un peu de repos. La salle est vaste, blanche, lumineuse. Quelques peintures ornementales. Des chapelets déposés à même le sol, permettent de réciter des versets du Coran au rythme des perles égrainées une à une.

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Photo Toto Caribo

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Photo Toto Caribo

Le Bazar

Retour dans le Bazar. A la fac, les inscriptions pour la nouvelle année vont bon train.

Sous le marché couvert, les étals de légumes et de fruits se répètent à l’ infini, patchwork de verdures.

On trouve de tout dans ce dédale, pour peu que l’on se donne la peine de fouiller. Macédoine colorée de piles, clous, culottes, foulards, contrefaçons en tout genre et autres cigarettes.

Plus tard, attablés en terrasse, nous observons curieux la foule des passants. Elle est à l’image du bazar, diverse, colorée.

Dans l’assiette du riz accompagne quatre poivrons verts a peine dorés à l`huile d’olive, fins et élancés, qui incendient instantanément nos palais. İncendie que même des trombes de boulettes de mie de pain ne parviennent pas à éteindre.

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Photo Toto Caribo

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Toits dans le grand bazar
Photo Toto Caribo

Puis vient le moment de quitter Skopje, capitale surprenante et finalement bien attachante.

Nous retrouvons la gare, facétieuse, qui se plait à tromper le visiteur mal renseigné en lui figurant une ville à son image.

Dans le wagon, nos compagnons de routes pour quelques heures sont déjà installés. Nous prenons place à notre tour.

La chenille d’acier redémarre, riche en promesse de découvertes pour la suite de ce périple, qui, d’étape en étape se révèle passionnant…

Sılvère

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