De Sofia au Vitosha, il n’y a qu’un pas

Samedi 24  Aout  2013, Sofia,  Bulgarie

Objectif du jour : rallier  la cime du Cerni Vrah.

 A  2290 m au-dessus du niveau de la mer, ce sommet s’étire, paresseux,  au milieu d’une vaste  prairie d’altitude. Il constitue le point culminant du  parc  national du Vitosha, havre de paix situé  au sud de la capitale bulgare. 

Une dose homéopathique de Géopolitique pour débuter la journée

Nous quittons tôt la Guesthouse, achetons de quoi faire un pique-nique et hélons un taxi.

Les taxis bulgares sont jaunes, un damier blanc et noir courant sur leur flanc  façon taxis new yorkais.

Notre chauffeur, crâne dégarni et tempes  blanchies par les ans, propre sur lui, précise qu’il ne parle pas un mot d’anglais. En revanche, il maitrise parfaitement le  Russe.

Cette simple précision, à 8h00 du matin, sur les artères principales de Sofia, constitue en soi une petite leçon de géopolitique. La Bulgarie, un temps pays satellite de L’URSS, peine aujourd’hui à se départir de l’influence russe,  malgré son intégration à l’UE en janvier  2007.

Un des dommages collatéraux pour nous,  pauvres voyageurs anglophones (ou presque), c’est que  la plupart des Bulgares que nous allons rencontrer dans les prochaines semaines sont hermétiques à la langue de Harry Potter quand celle d’Anna Kournikova n’a pas de secret pour eux.

Ce chauffeur ne peine de toute façon pas à se faire comprendre. Il va faire un petit détour, ses mains et quelques grimaces suffisant à expliquer ce projet. Ses amortisseurs ne sont, à priori, pas franchement tentés par l’accès principale du parc, asphalté façon guerre des tranchées.

Une dose bien sentie de dénivelée pour finir de se réveiller

L’ascension débute, sèche, à travers la hêtraie. Nous longeons une succession d’imposantes cascades visitées la veille.

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Cascades de Boyana
Photo Fliflounette

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Photo Fliflounette

Le rythme est soutenu.  Les deux interminables  jambes de  Yann donnent le La, réalisant  un pas quand nous en faisons cinq.  A l’arrière, Florence et moi haletons !

Nous croisons successivement deux gites indiqués sur la carte, mais vraisemblablement abandonnés. L’information est  essentielle, mais nous ne la relevons par sur le coup. Cela nous jouera pourtant des tours par la suite…

La hêtraie cède sans prévenir la place à une prairie haute, couverte de myrtilliers et de framboisiers. Etrange apparition : un troupeau de postérieurs, généreux, émergent de la prairie, comme des champignons après la pluie. Comme nous, ces gourmets randonneurs ne résistent pas à l’attrait de ces petites baies savoureuses placées sur leur chemin.

Nous rejoignons plus loin une piste carrossable plus large, sur laquelle petits et grands déambulent en nombre vers le sommet, sourire aux lèvres, comme si cette ascension n’était finalement qu’une promenade de santé. Le tout Sofia s’est donné rendez-vous au Cerni Vrah.

Un peu fatigués nous entonnons, pour nous donner du courage, « Ya Ke Nge », notre désormais hymne officiel, succès de la chanteuse albanaise  Aurela Gace. Vision détonante de trois fous braillant, sautant en rythme et tapant des mains sur la petite route de montagne.

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Photo Toto Caribo

Une dose de grâce pour oublier la fatigue

Puis vient la dernière  ligne  droite, une traitresse,  infligeant un dénivelé  respectable à nos jambes un peu raides.

İl faut se frayer un passage à travers la foule de ceux qui descendent et de ceux qui montent.

Mais, comme à chaque ascension, on oublie bien  vite la difficulté une fois au sommet. Certes, la vue n’est pas à couper le souffle ce jour-là, quelques nuages rabat-joie obstruant l’horizon. Mais tout de même, le petit plateau sur lequel nous pénétrons est une prairie  rase, semée de ruiniformes granitiques rappelant étonnamment la croupe des Monts Lozère.

C’est le  terrain idéal pour pique-niquer, comme l’on bien compris nos confrères randonneurs.

Nous nous réfugions à l’abri d’un morceau de granit aux dimensions respectables, comparables à celle d’un œuf de Diplodocus.

Là, protégés du vent, nous entamons nos modestes sandwichs. Instant divin, justifiant à lui seul d’aller user ses semelles sur des chemins de traverses.

Repus, nous nous assoupissons quelques minutes, emmitouflés dans nos manteaux coupe-vent.

Une dose d’euphorie pour s’endormir réjoui

Un petit café à l’intérieur d’une chaleureuse gargote, aux bancs de sapins lustrés par des générations de pantalons, et nous repartons sur nos pas.

Nous dévorons la pente qui exigeait tant d’effort à la montée.

Lorsque nous retrouvons le chemin traversant la prairie d’arbustes à fruits, le tonnerre gronde autour de nous. Le spectacle se joue désormais au-dessus de nos têtes, le ciel offrant à nos regards gourmands, une variété infinie de mauves et de gris.

L’horizon est scindé, alternant, comme un collier de perles bicolores, stries solaires et manteaux de pluie. Les éclairs crayonnent en toute liberté leurs empreintes fugaces sur cette vaste ardoise.

Malheureusement pour moi et Florence, amateurs de longue date des colères du ciel, l’orage nous snobe. Il fait le tour du massif et s’en va gronder au-dessus de Sofia, qui s’étend sur notre droite.

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Photo Yann

Nous continuons la descente à travers la hêtraie, empruntant un autre chemin qu’à l’aller, pour  ne pas trop nous répéter. Emportés par la pente, euphoriques, nous dévalons en courant les derniers kilomètres.

Enfin arrive l’entrée du parc, après 22 km de crapahute et 1400m d’ascension.

Nous rejoignons, via un bus menaçant de se rompre en deux à chaque imperfection du bitume et un tramway qui ferait surement la fortune de nombre d’antiquaires, le centre-ville de Sofia.

Une soupe et au lit !

Silvère

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