Au coeur des Rhodopes

Samedi 31 Août, Trigrad-Mougla

Nous nous réveillons reposés après une bonne nuit passée dans des lits propres et confortables. Dehors le temps hésite encore entre anticyclone et dépression.

Sur la place de Trigrad, des camions se sont garés dans la nuit. Toujours ces vieux engins au charme suranné, qui survivent grâce à une bonne composition  et des rafistolages successifs. Depuis le début du voyage nous les croisons régulièrement sur la route, transportant du bois coupé en bûches ou d’énormes troncs.

Fin des préparatifs, les sacs sont rangés selon un agencement bien rodé. L’objectif est de repartir au maximum le poids le long du dos et au fond du sac afin de conserver un bon équilibre et de ménager le dos et les épaules.

P8310051 (FILEminimizer)

Photo Toto Caribo

Petit déjeuner

En quittant notre chambre nous croisons la propriétaire de la pension. Elle nous explique à force de gestes que nous ne devons pas partir sans qu’elle ne nous ait servi un petit déjeuner. Douce musique à nos oreilles!

Nous reposons nos sacs, nous installons à la table de la petite cour fleurie et nous régalons d’épaisses tranches de pain perdu accompagnées de fromage local.

Une infusion aux herbes de montagnes réchauffe nos entrailles.

Son fils, parlant un peu d’anglais, nous précise que Mougla, l’un de nos objectifs de la journée, est à 18 km.

Nous partons, saluant chaleureusement tout ce petit monde.

Au-dessus de nos caboches des nuages bas annoncent les petites averses à venir.

Perdus

Suivant la carte, nous sortons du village et empruntons le premier chemin de terre partant sur la droite. Dans le virage un petit panneau, pointé sur un frêne, attire l’attention de Florence. Voilà le Saint Graal, le signe que nous guettons depuis 3 jours, le marquage du chemin de randonnée européen E8.

P8310054 (FILEminimizer)

Photo Toto Caribo

Certes l’indication semble ancienne et nous pouvons douter qu’un balisage digne de ce nom soit effectif dans les kilomètres qui vont suivre. Mais au moins nous savons que nous sommes sur la bonne piste. Une petite photo pour immortaliser l’événement et nous repartons.

Après avoir longé ce qui ressemble à une ancienne ferme collective reconvertie en garage à camion, nous empruntons une piste carrossable montant en larges lacets. Dans l’un deux, nous apercevons les gorges visitées la veille d’un côté, le bourg de Trigrad de l’autre.

P8310056 (FILEminimizer)

Photo Toto Caribo

P8310058 (FILEminimizer)

Photo Fliflounette

Une fois le gros du dénivelé derrière nous, nous atterrissons au milieu d’un plateau vallonné sur lequel s’étendent des prairies jaunies entrecoupées de haies.

Un moment d’absence, une balise discrète, et nous voilà perdus…Nous cherchons, escaladant une côte ardue ou explorant un champ bucolique cachant une petite cabane de bois, repère occasionnel d’un amoureux des retraites en solitaire. Finalement, après une heure d’enquête, et sur intuition de Florence, nous revenons sur nos pas et retrouvons les précieuses marques, deux traits blancs cernant un trait rouge.

P8310082 (FILEminimizer)

Photo Fliflounette

Le sosie

Première pause. Près d’une fontaine, une pergola en bois abrite une table et deux bancs où nous mangeons un petit bout.

P8310077 (FILEminimizer)

Photo Toto Caribo

Plus loin nous alternons montées et descentes à travers sapinières épaisses et prairies. Ces dernières sont peuplées de cardabelles, associées dans nos esprits aux luttes Larzaciennes.

Près d’un gîte une femme, menue, pas  bien haute, marchant en s’appuyant sur une canne de métal maison, s’approche de nous.  Nous sympathisons, le Bulgare comme seule barrière.

Elle ressemble étrangement à l’une de nos connaissances communes, ce qui nous trouble au plus haut point (Hélène, si tu nous lis).

Un regard azur, intense, qui semblent voir au-delà des apparences, scrutant votre âme. De longs cheveux blonds. Elle fume beaucoup, embrasant ses cigarettes à l’aide d’allumettes.

Le sac kaki qu’elle porte en bandoulière contient un seau de plastique, seul objet encombrant qu’elle accepte de porter. Pour le reste elle boit directement l’eau au goulot des robinets des nombreuses fontaines parsemant la région.

Une autre chose nous trouble chez elle, comme chez  nombre de ses compatriotes.  Elle ponctue ses phrase d’un Da (oui) qu’elle accompagne d’un hochement de tête de gauche à droite qui lui semble vouloir dire non.

Elle nous propose de marcher ensemble. Nous la suivons quelques instants puis la dépassons en lui disant au revoir, souriants,  pas satisfaits de son rythme. Nous la retrouvons plus loin, marchant devant nous, d’un pas lent mais régulier, bien informée des raccourcis qui parsèment le chemin…

P8310081 (FILEminimizer)

Photo Fliflounette

Défilé

Nous passons de petits ponts jetés sur quelques étangs, peuplés de poissons, où un système d’écluse assure l’équilibre.

Plus loin à travers bois, nous croisons, en côte, un troupeau disparate de bovidés, vaches, taureaux, génisses, taurillons, veaux.

Nous nous arrêtons en fin de côte, posons nos sacs et nous asseyons sur l’herbe fraîche, entre deux sapins. Nous entamons notre pique-nique.

Nos compagnes nous croisent à nouveau sur leur route et, farouches,  font de larges détours pour ne pas nous côtoyer de trop près.

Défilé de Miss et Mister Bovidé Bulgare, grand cru 2013. Certaines sont baguées aux oreilles d’autres non, mais toutes arborent  une robe différente, rivalisant d’élégance. Certaines renoncent au grand prix et quittent le podium, escaladant la pente à vive allure, apeurées.

Après le repas, dernière descente, sèche, sur un chemin caillouteux qui nous mène fastidieusement vers le bourg de Mougla.

Le village se cache au fond d’une vallée encaissée.

P8310085 (FILEminimizer)

Ferme isolée
Photo Toto Caribo

P8310090 (FILEminimizer)

Les premières maisons du village de Mougla
Photo Toto Caribo

Mougla

Un minaret en planches accueille le randonneur.

Sur un banc trois anciennes nous observent du coin de l’œil, suspicieuses.

Nous trouvons un Supermarket dans lequel nous voulons faire des provisions pour la soirée en tente et la randonnée du lendemain.

L’épicerie est vaste, bien trop pour accueillir des rayons mal approvisionnés. Sur les étals, pas de quoi composer un repas…Il nous faut revoir nos plans.

C’est ce que nous faisons quelques mètres plus loin attablés à la terrasse du restaurant du village.

Nous sommes accueillis par un homme d’une quarantaine d’années, jovial, cheveux longs, ébènes, qu’il attache en queue de cheval. L’homme est amateur de gros son et aime faire cracher un « Highway to hell » aux enceintes de son troquet.

Il nous propose de dormir dans un dortoir qu’il a aménagé près de son bar. Nous déclinons l’offre.

Madame est en cuisine et s’occupe de nous préparer deux salades et de belles assiettes de frites.

Tous les deux parlent un anglais impeccable.

Nous revoyons nos plans donc,  sous le regard des habitués, occupés par ailleurs à palabrer autour d’une bière.

Initialement nous devions dormir plus loin dans la montagne. Mais partir sans nourriture ne nous plaît pas. De plus l’aubergiste nous assure que le prochain gîte sur notre route pourra nous offrir de quoi manger demain midi.

Petit à petit un nouveau plan s’échafaude. Dormir ici ce soir, la peau du ventre bien tendue. Puis partir demain matin après avoir mangé et se restaurer de nouveau au prochain gîte à midi. Un randonneur repu est un randonneur heureux !

De plus nous sommes fatigués, il fait froid. La perspective d’un lit moelleux nous réjouit. Finalement nous acceptons l’offre du restaurateur.

A la fin du repas une dispute éclate. Un homme bien éméché semble aligner les propos provocateurs et finit par blesser un voisin de table. Ce dernier menace, crie, jette au loin sa bouteille d’eau et finit par fondre en sanglots sous l’œil désabusé de ses collègues.

Le spectacle terminé nous allons nous coucher.

Silvère

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s