Nous ne serons pas dérangés par les voisins…

Lundi 2 septembre, Pamporovo-Malka Arda

Nous sortons le museau de nos tentes vers 7h30, prudemment, testant la température de l’air.

Nous avions posé notre campement entre deux restaurants. Ceux –ci sont équipés de caméras de vidéosurveillance que nous découvrons au petit matin.

D’ailleurs, le village, station de ski pour riches touristes, affiche, paranoïaque, ces engins à chaque coin de rue.

Nous démontons nos tentes sous le regard des rares passants. Cette station semble se transformer en village fantôme une fois la saison passée.

Nous nous dirigeons vers le restaurant où nous avons mangé la veille au soir et commandons un solide petit déjeuner. Manger devient une obsession.

Autostop

Puis nous nous mettons en route pour Momčilovtsi.

Nous décidons de quitter le E8 et de broder la suite du périple à notre sauce. Ce chemin est trop isolé, nous sommes lassés de marcher le ventre vide ! Et puis nous venons de traverser de magnifiques paysages de moyenne montagne, loin de tout, un peu de civilisation ne peut que nous faire du bien.

Nous coupons à travers bois et rejoignons une route asphaltée serpentant au cœur d’une immense forêt de sapin.

Après 5 kilomètres de marche, quelques gouttes de pluies nous obligent à faire du stop. La première voiture que nous croisons s’arrête. Une Dacia.

Le conducteur nous demande où nous allons et nous fait monter dans son auto.

Nous comprenons, seulement lorsqu’il nous y dépose, que celui-ci n’allait pas à Momčilovtsi. Il vient de faire un petit détour pour nous rendre service. Gentillesse ordinaire.

Nous le remercions chaleureusement. Il nous répond d’un large sourire et repart aussi sec.

Momčilovtsi

Comme dans la plupart des villages des Rhodopes que nous avons traversés, nous sommes observés sans discrétion par les villageois attablés aux terrasses des cafés, ou faisant leurs courses.

Nous nous prêtons au jeu, amusés.

Il suffit d’ailleurs de lancer un amical « Dobar den » aux femmes du village pour obtenir un sourire en guise de réponse. Aussitôt ces femmes se détendent, comme si notre présence avait un temps troublé l’équilibre du lieu, menaçante,  et qu’un simple contact permettait de tout faire rentrer dans l’ordre.

Les hommes eux sont en général trop fiers pour nous répondre.

Nous faisons des courses sur la grande place du village. Nous achetons des légumes dans un premier magasin, quelques bricoles dans un second et nous parvenons à compléter notre panier dans le troisième.

Dans ces petits magasins, une grande partie des denrées sont rangées derrière le comptoir. Il vous faut alors montrer du doigt ce que vous voulez achetez. « Un peu plus à droite, plus haut, oui ça ! ».

Nous nous installons sur un banc et dévorons nos sandwichs. Florence termine son repas pendant que je m’offre le luxe d’une micro sieste sur le banc d’à côté.

Pendant que je m’assoupis un chien errant, boitillant, adopte Florence, intéressé par les odeurs qu’exalte son repas.

Il y a de nombreux chiens errant dans la région mais ils ne sont jamais agressifs. Ils semblent vivre leur vie parallèlement à celle des hommes et les deux communautés s’ignorent royalement, ne se côtoyant qu’en de rares occasions.

Ivan

Nous nous dirigeons à nouveau vers la grande place pour siroter un petit café à la terrasse d’un troquet.

A la table d’à côté, deux femmes, dont l’une tient l’établissement, bavardent avec un homme.

Ce dernier parle français. Un français rudimentaire qui se teinte parfois d’espagnol, mais suffisant pour que nous puissions nous comprendre. Il regarde notre carte, nous conseille sur la route à prendre, puis fini par nous proposer de nous avancer. Nous voilà donc installés dans sa voiture.

Ivan, rond mais costaud, porte une grosse moustache. Il a travaillé comme chauffeur routier en France pendant 33 ans pour une compagnie allemande. Il vivait alors en Bretagne, près de Quimper. Il aime sincèrement les Français.

Pendant que la voiture part à l’assaut d’une grosse pente Ivan nous décrit le paysage. Nous apprenons par exemple que la vallée accueille 23 chapelles de saints différents.

Dans un virage, il nous montre fièrement son champ de « patates ».

Il nous parle aussi des villages suivant. Le prochain est Bulgare, puis le suivant est turc. Plus loin c’est un village mixte. Nous avons le sentiment d’être de nouveau à l’est de la Macédoine, lorsque alternaient villages Albanais et Macédoniens.

Nous lui demandons si les deux communautés s’entendent bien. Il nous répond d’un oui franc, puis réfléchit et ajoute : « Il y des problèmes. Mais c’est politique… ».

Nous arrivons en haut de la côte où il nous dépose. Les Rhodopes, montagnes vertes aux courbes molles,  s’étalent autour de nous.

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Sur la route de Malka Arda, un hôtel typique de ce qu’on croise ici…
Photo Toto Caribo

Malka Arda

Nous suivons désormais une rivière donnant son nom au village que nous souhaitons atteindre avant la nuit : Malka Arda.

Une forêt de sapins dévale sur les rives encaissées de la vallée. Parfois, un bastion d’arbres à feuilles caduques vire lentement à l’orange, annonçant l’automne et tâchant l’immensité verte.

Nous marchons en mode automatique, perdus dans nos pensées. La route défile sous nos pieds presque malgré nous.

Nous nous arrêtons à peine, le temps de faire des courses à Petkovo.

Enfin, vers 19h nous traversons le village de Malka Arda. Comme d’habitude, l’accueil des hommes, en pleine discussion virile à la terrasse du café du village, est glacial. Ils nous dévisagent sans répondre à nos bonjours.

Nous sortons du village à la recherche du lieu idéal pour nous installer. Nous choisissons les abords du cimetière local. Il est situé en contrebas de la route, prés de la rivière. A côté passe un chemin assez plat pour que nous puissions y monter nos tentes.

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Nos voisins de palier
Photo Toto Caribo

Nous installons notre campement, un morceau de pierre en guise de marteau pour piquer nos sardines.

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Campement le lendemain matin
Photo Toto Caribo

A la nuit tombante, lorsque tout est près, nous remontons sur le bord de la route. Là, un abri nous permet de manger assis, à proximité d’une fontaine.

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Photo Toto Caribo

Alors que nous attaquons le repas sur lequel nous salivons déjà depuis quelques heures, une voiture s’arrête devant l’abri. Un homme en descend, tandis qu’un autre, dont on n’aperçoit pas la silhouette côté passager, grille une cigarette.

Le conducteur, à l’haleine chargée de mauvais alcool, s’assoit près de nous.

Il ne parle que Bulgare mais réussi sans peine à se faire comprendre. Il nous a vu passer au village. Sa maison est grande, on peut donc y manger, y boire et y dormir. Il jure sur la tête de son fils de 7 ans et sur la croix qu’il porte autour du cou qu’il n’est pas méchant et que sa proposition est gratuite.

Nous ne sommes pas rassurés par cet homme saoul qui se présente à nous en pleine nuit. Qui plus est, notre campement est prêt. A l’aide de « Ne », de « Da » et de « Dobro », c’est-à-dire l’ensemble du vocabulaire bulgare que nous maîtrisons, nous lui faisons comprendre que nous ne voulons pas dormir chez lui. Mais il insiste, jure 100 fois sur son fils et sur sa croix.

Il finit enfin par se décourager et nous laisse à notre repas après 20 bonnes minutes de palabres.

Nous nous offrons une petite toilette rapide au filet d’eau intermittent des fontaines et nous filons dans nos tentes. La position horizontale est salvatrice, permettant de relâcher la moindre tension.

Sans lutter nous nous laissons doucement enlever par le sommeil…

Silvère

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Malka Arda, by night
Photo Toto Caribo

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