J’ai testé pour vous… les hôpitaux bulgares !

Mercredi 4 septembre.

Au lendemain de notre journée de marche, le réveil est morose. La nuit a été agitée, la douleur sous l’avant de mon pied ne s’étant pas éteinte avec le repos, bien au contraire. La position horizontale ne m’a pas du tout soulagée de mes excès de la veille : orteils insensibles ou engourdis, pointes qui me lancent dans le pied, et surtout, une jolie inflammation me donne l’impression d’avoir une Nike Air à la place du pied !

Bien embêtée par ce premier problème physique sérieux, je suis partagée entre l’envie de continuer notre périple, en espérant que ça passe, et néanmoins l’inquiétude de savoir ce qui m’arrive. De toute façon, il faut se rendre à l’évidence, la marche risque d’être compliquée pour les jours à venir. Sur un périple comme ça, il faut ménager sa monture, et là, en l’occurrence, mon moyen de locomotion est largement diminué. La sagesse m’impose donc d’aller montrer mon pied à un médecin.

Après quelques recherches sur internet, il y a un hôpital à Kardzhali, c’est donc la direction que je donne au chauffeur de taxi. Silvère m’accompagne gentiment avec son carnet à dessins, pour s’occuper pendant l’attente. Je m’assure d’avoir ma carte européenne d’assurance maladie ainsi qu’un peu d’argent.

Je suis déposée à la polyclinique de la ville. En entrant dans le hall, je comprends tout de suite que ça va être compliqué. Toutes les inscriptions sont en cyrillique et je n’ai pas pris le petit lexique avec moi. Je me dirige vers le guichet de ce qui me semble être l’accueil et m’adresse en anglais à la dame derrière l’hygiaphone. Je m’assure d’abord qu’elle comprend la langue de Shakespeare. Sa réponse donnée, je commence à lui expliquer ce que je cherche, un médecin qui pourrait examiner mon pied.

Sa moue désolée me montre qu’elle ne comprend pas ce que je demande. Je réessaye dans une autre formulation, mais j’obtiens la même mimique. Là, un éclair de lucidité me rappelle qu’à la question « parlez-vous anglais ? », la dame a dit « ne » en faisant le signe de la tête qui veut dire oui… Même après plus d’un mois de voyage, je me fais encore avoir par cette différence fondamentale entre le « oui » de chez nous, avec hochement de tête, et le « oui » des Balkans, accompagné d’un mouvement de tête qui va de droite à gauche. Je m’excuse platement auprès de la dame.

Je tente ma chance à un autre guichet, auprès d’une jeune femme, supposant qu’elle aura certainement appris un peu d’anglais au cours de ses études. Bonne pioche, elle a compris ma demande et sa collègue s’empresse aussitôt de m’accompagner dans le dédale des couloirs de la polyclinique. C’est au sous-sol que j’ai rendez-vous. La dame signale au médecin ma présence, j’attends sagement mon tour avec les autres patients.

Le couloir où nous nous trouvons est vieillot. Le sol est une dalle de béton carrelée à certains endroits, les murs sont jaunes. Comme nous sommes au sous-sol, une toute petite fenêtre qui donne sur la rue apporte un peu de luminosité, complétée par une rangée de néons et plafonniers jaunis. Des rangées de fauteuils moelleux, en sky, apportent un petit confort aux patients attendant leur tour. Une grande plante verte et des panneaux publicitaires pour des médicaments apportent un peu de couleur à l’endroit, propre mais vétuste.

Ce sous-sol est une succession de cabinets pour les consultations externes. Les médecins sont enfermés derrière, avec leur assistant/e. La porte ne peut s’ouvrir de l’extérieur sinon au moyen d’une clé, sans doute une façon de préserver la confidentialité et l’intimité de la consultation. Sur les portes, le nom des médecins, leurs horaires de consultations ainsi que leurs tarifs.

C’est mon tour ! Une grande femme élégante en blouse blanche, aux cheveux frisés et aux yeux maquillés de bleu m’accueille dans son cabinet avec son assistante. Elle parle anglais ! Je m’assois sur un lit collé dans l’angle d’un mur. Elle examine mon pied et immédiatement, elle me suggère de faire une radio pour vérifier qu’il n’y a pas de fracture qui pourrait entraîner cette inflammation. Elle me donne le choix, en me précisant que la radio sera payante, 15 leva (5€), donc je ne la fais que si je le souhaite. Je suis d’accord parce que je veux éliminer la piste de la fracture.

Je me retrouve avec en main, un document écrit en cyrillique qui donne les instructions au manipulateur radio. Je dois me rendre à 200 m de la polyclinique car l’établissement n’est pas équipé pour la radio. L’acte sera réalisé à l’hôpital, au 2e étage, au service radio, avec le Docteur Bidulmachinov.

A l’hôpital, je monte à la radio avec mon précieux papier. On me demande alors de redescendre m’enregistrer à l’accueil. Deux étages plus bas, on me dit de remonter directement à la radio… Je remonte. J’évite le premier accueil et m’enfonce dans le couloir jusqu’à un nouvel accueil. Avec Silvère, nous saluons la jeune femme et son collègue avec un joli « Dobar den ! ». La jeune femme assez malaimable nous retourne notre salut et enchaîne avec une longue phrase en bulgare. Après un moment de flottement, l’air désolée, je lui réponds « sorry ? ». Fou rire général qui détend l’atmosphère. Notre accent est bon visiblement !

Un numéro de bureau griffonné sur un bout de papier, le fou rire qui continue de part et d’autre, et me voilà en position pour prendre en photo mon pied sous tous ses angles. Quelques minutes après, je récupère le cliché, avec une brève analyse pour me rassurer (pas de fracture) et un document à remettre à mon médecin. Je règle la prestation dans le couloir, directement à la manip’ radio. Nous retournons à la polyclinique.

Après une longue attente, je retrouve la dame au style des années 80. Elle m’explique que rien n’est cassé mais qu’il faut que je cesse la marche minimum une semaine pour que l’inflammation du nerf disparaisse. Flûte ! Elle va me donner un traitement. Elle cache dans ces placards un petit remède miracle, un petit flacon d’une solution homéopathique dont elle verse quelques gouttes dans ma petite bouteille d’eau. Elle secoue vigoureusement le breuvage en m’expliquant le mode d’emploi : secouer la bouteille une bonne dizaine de fois dans tous les sens avant d’avaler une toute petite gorgée du liquide. A répéter plusieurs fois par jour.

La femme médecin m’explique que l’homéopathie n’est pas très répandue en Bulgarie mais qu’elle en est une fervente partisane, d’ailleurs, elle ne se soigne, elle et sa fille, qu’avec ça. Elle sort également un sachet plein de médicaments, me demande de lui tourner le dos et examine toutes les boîtes. Je ne comprends toujours pas pourquoi je ne devais pas voir. Elle me prescrit une crème inflammatoire et on convient de se revoir en début d’après-midi, après sa pause déjeuner, pour remplir les formulaires de remboursement et régler la consultation. Le document à transmettre à ma mutuelle est entièrement rédigé en cyrillique, il faudra donc le traduire si je compte en faire quelque chose.

Une demi-heure après avoir bataillé pour entrer les informations dans son ordinateur, avec les différences de gestion entre le système bulgare et le système français qui compliquent sérieusement la tâche, je sors libre, avec une obligation de repos, un breuvage miraculeux et une pommade !

Florence

P9040224 (FILEminimizer)

Photo Toto Caribo

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s