Le pèlerin, au quotidien

Le papa, la maman, les enfants, les copains pèlerins ! Le chemin de Saint Jacques crée de grandes familles. Dès l’instant où l’on commence à suivre la fameuse flèche jaune, on entre dans la grande communauté des pèlerins, avec qui on partagera une bonne partie de notre quotidien, pour le meilleur…et pour le pire !

Combien de kilomètres pour toutes ces paires de chaussures ?

Combien de kilomètres pour toutes ces paires de chaussures ?

Si vous faites le choix de dormir chaque soir en auberge pour pèlerins, alors vous oublierez vite ce que c’est que d’avoir sa propre salle de bains, de cuisiner seul, de dormir seul,… Vos petites manies, vos petites névroses quotidiennes seront exposées au grand jour, vous vous montrerez aux autres comme vous êtes, avec vos épis et votre réveil difficile.

Ceux qui ont déjà fait un chemin de Compostelle retrouveront ici certainement des scènes déjà vécues, pour les autres, voici les petits bonheurs qui vous attendent !

Tout commence par la douche. Après une belle étape de 25 ou 30 kilomètres, rien ne vaut une bonne douche pour se délasser et pouvoir enfiler des vêtements propres qui vous permettront d’approcher les gens sans craindre le nuage d’odeurs qui vous suit habituellement.

L’arrivée échelonnée des pèlerins dès midi jusque dans la soirée fait que l’attente est rarement longue aux douches, on se croise seulement, avec nos serviettes enroulées autour de la tête, la peau encore humide ou fraîchement hydratée, un brin moins claudiquant. On est passés en mode « claquettes » car après 10 pèlerins douchés, le sol n’est plus tout à fait le même. Pour survoler les bactéries, prenez donc une paire de tongs avec vous ! [voir mes conseils]

Vous êtes propres ? Allez donc faire une petite sieste. La position horizontale est tellement agréable à ce moment de la journée qu’il est dur de résister à l’appel. Deux avantages : d’abord, vous retrouverez du peps pour la fin de journée où vous discuterez sans doute avec de nombreux pèlerins. Ensuite, la sieste vous permet d’identifier et de localiser les ronfleurs. Notez qu’une bonne sieste à l’ombre d’un arbre permet de sauter cette étape pour profiter pleinement de la surprise au moment de dormir.

Rui a inventé un super système pour se relaxer les jambes !

Rui a inventé un super système pour se relaxer les jambes !

Ensuite, comme vous voyagez léger, vous n’avez pas beaucoup de tenues de rechange dans votre sac à dos. Vous êtes donc contraints régulièrement à faire votre lessive…au même moment que vos amis pèlerins. On lave son linge en famille. La pudeur qui vous mettait mal à l’aise au moment d’étendre vos sous-vêtements à la vue de tout le monde disparaît dès les premières étapes. Comme pour beaucoup d’autres aspects intimes, le chemin réunit des gens qui vivent strictement les mêmes expériences : la chaleur fait transpirer, les vêtements sont sales en fin de journée, des pieds enfermés toute la journée ne peuvent pas sentir la rose… Le chemin de Compostelle, comme tout trek au long cours, vous apprendra à vous libérer de la pression du regard des autres.

Une fois reposés, relaxés, le linge étendu, vient l’heure du dîner. Sans doute mon moment préféré ! Si le pèlerin ne va pas au restaurant du coin pour goûter la spécialité locale, il fonce alors avec ses sacs de courses à la cuisine de l’auberge. Du sandwich basique, de l’assemblage d’ingrédients divers aux plats plus élaborés à partager en groupe, il règne, à partir de 19h, une certaine effervescence en cuisine. Le hic c’est quand l’auberge ne dispose pas de vaisselle en quantité suffisante comme j’ai pu le voir dans certaines auberges [bientôt un article sur l’hébergement du chemin portugais]. Si c’est le cas prenez votre mal en patience ou bien optez pour un « menu du pèlerin » dans un restaurant.

Toujours est-il que la cuisine, sur le chemin de Compostelle, est un bon moyen d’échanger des recettes venues du monde entier. Des suggestions, des cuillères tendues pour goûter les gamelles des autres, des échanges d’ingrédients (il y a toujours quelqu’un qui a eu LA bonne idée d’amener du curry !)… c’est le moment de faire connaissance en se mettant en appétit.

Une fois le repas servi, c’est toujours un bon moment de convivialité où l’on se raconte la journée, on planifie la suivante. Les conversations sont à peu près toutes les mêmes, à propos du chemin, des difficultés, des surprises, des émerveillements, et puis un peu de nous aussi. D’où vient-on, qu’est-ce qui nous a poussé à marcher sur ce chemin en particulier ? De la bonne humeur, des rires, c’est un des meilleurs moments de la vie de pèlerin.

Repus, le besoin de sommeil commence à se faire sentir, c’est l’heure de regagner la chambre qui n’a rien de privatif du tout, vous vous en doutez bien. Si vous suivez le circuit des auberges pour pèlerins, moins onéreuses, au mieux, vous dormirez avec 5 autres personnes, mais certaines auberges proposent des dortoirs de 40 places, comme à Pontevedra par exemple.

40 places dans ce dortoir à Pontevedra !

40 places dans ce dortoir à Pontevedra !

Après le passage du dernier pèlerin aux sanitaires, le dortoir se plonge dans la quiétude tant attendue. Quiétude ? C’est selon votre seuil de tolérance. Certains ronflent déjà comme de vraies mobylettes. Mais les ronfleurs ont bon dos. Ils ne sont pas les seuls à pouvoir vous empêcher de dormir correctement. Voyez plutôt la liste des empêcheurs de dormir en rond :

  • Les ronfleurs : quel dommage de s’être couché après eux !
  • Les cogneurs : tous ceux, y compris vous-même, qui déambulent dans le dortoir en se prenant les pieds dans les objets posés au sol, dans les pieds des lits, contre le mur…
  • Les bavards : une fois couchés, ils papotent encore, mais à haute voix, pour mieux s’entendre, n’est-ce pas ?
  • Les sans-gênes : vous avez des envies de meurtre. Pour eux, le dortoir est une chambre individuelle : on allume la lumière sans se préoccuper des copains, on range ses affaires dans des sacs plastiques bien bruyants alors que peut-être, ça pourrait attendre le lendemain, on passe un coup de fil à son ou sa chéri(e) avant de dormir…
  • Les objets : téléphones en tête, montres, tout ce qui sonne et qui n’a pas été mis en veille.
  • Les fêtes de village : en été, vous en croiserez certainement ! Mais comme les auberges de pèlerins ferment à partir d’une certaine heure, vous ne pourrez pas sortir en profiter (ça c’est vraiment dommage !). La musique au moment de dormir peut éventuellement vous agacer, mais dites-vous que vous touchez de près à la culture locale ! J

Inutile de vous conseiller de prendre des bouchons d’oreilles, vous l’aurez anticipé vous-même. Vous avez l’impression que je décris l’enfer de la nuit du pèlerin ? Pour vous rassurer, sachez qu’en général, une fois endormis, les kilomètres engrangés par vos gambettes feront que vous dormirez à points fermés !

Vous voilà blottis dans les bras de Morphée. Un réveil sonne. Il est 5h. Les premiers pèlerins s’agitent pour se lancer dans l’étape du jour. 5h ??!! Oui, mais il y a pire ! Un matin, j’ai vu (ou plutôt entendu) un couple se lever à 4h ! Oui, le pèlerin se lève tôt, voire très tôt en été, d’abord pour éviter de marcher aux heures chaudes, ensuite pour s’assurer une place à l’auberge suivante. En effet, les auberges « publiques » pour les pèlerins ont un nombre de places limité et comme leur coût est faible (en général 5-6€ la nuit), elles sont très prisées. Après, sur le chemin portugais jusqu’à Tui, seule la chaleur peut motiver un départ aux aurores, car la fréquentation encore relativement raisonnable fait qu’en général, il y a de la place pour tout le monde.

Le brouhaha général commence donc à 5-6h du matin. A ce moment-là, autant sauter dans le train pendant qu’il est en marche car vous ne pouvez rien faire, vous êtes réveillés. Si vous dormez dans un dortoir dont la configuration permet un calme relatif au moment du départ, vous pouvez remercier Saint Jacques. Mais si le dortoir est une vaste salle où le moindre mouvement résonne et qu’en prime, vous avez un groupe de pipelettes qui, une fois le réveil éteint (comptez deux bonnes minutes avant de trouver la touche), se met à converser comme en plein jour, alors là, c’est fini. C’est du vécu. Ce genre de personnes vous lève tout un dortoir de 20 personnes en moins de 5 min, au grand dam de ceux qui comptaient faire une nuit un peu plus longue. Une fois les visages identifiés, vous vous arrangerez pour éviter de vous retrouver dans la même pièce la nuit suivante !

Quoi qu’il arrive, c’est l’heure de manger un bout avant de commencer à marcher, alors que les dernières étoiles terminent leur nuit dans le ciel rosissant. Première flèche jaune, c’est reparti !

On quitte le Portugal à Valença do Minho pour rejoindre, depuis ce pont, Tui, en Galice

On quitte le Portugal à Valença do Minho pour rejoindre, depuis ce pont, Tui, en Galice

Voilà un peu la vie quotidienne du pèlerin, une fois son sac à dos posé. Dans la journée, il marquera de nombreux arrêts photo/café/repas/goûter, le pèlerin profite pleinement et n’a aucun scrupule à découvrir la gastronomie locale (mention spéciale aux pâtisseries portugaises, à tomber), car de toutes façons, toute la journée, il brûle des calories !

La vie de pèlerin est une expérience que je recommande à toutes et tous, pour les rencontres, les bons moments partagés… Le chemin de Compostelle est en cela une expérience unique, vraiment.

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