La gorge d’Imbros

En ce beau mois d’octobre, en Crète en tous cas, je suis partie en randonnée avec un ami, Hervé, qui possède une petite maison là-bas, et qui, comme moi, adore crapahuter à gauche à droite, dans le fond d’une gorge ou au sommet d’une montagne, en ponctuant les randonnées d’une baignade (minimum) et d’une Mythos (minimum aussi), une des bières locales.

Nous avions prévu de longue date de faire un périple à l’ouest de la Crète, une région que je ne connais absolument pas, contrairement à l’est, que j’ai plus sillonné. Ainsi, le 17 octobre, nous prenions la route, direction Chora Sfakion, un petit village perdu au bout d’une route, dans un décor de montagnes où seuls les buissons ras et épineux semblent pouvoir survivre à l’aridité du lieu.

Notre parcours est simple. L’idée est de rejoindre Elafonissi depuis Chora Sfakion, en s’engouffrant dans les moindres recoins que comporte la géographie chahutée de cette région de la Crète. Pour faire court, le sud ouest, ce sont des montagnes, les plus hautes de Crète, qui plongent tout droit  dans la mer.  Ajoutez à cela une multitude de gorges, de longueur et profondeur variables,  dont l’origine reste difficile à déterminer : résultat de l’érosion ou fissures survenues lors de l’élévation des Lefka Ori, les Montagnes Blanches ? Les géologues s’arrachent encore les cheveux paraît-il…

Imaginez donc un parcours en zigzags, entre terre et mer, falaises et fond de gorges, de l’exercice pour nos petits mollets, 6 jours durant.

7h du matin, samedi 18 octobre. Les yeux encore endormis, on avale un petit déjeuner en contemplant la mer à la boulangerie du village, seul établissement ouvert. 8 heures. Les chaussettes sont enfilées, les lacets serrés, on s’avance dans le lit de la première gorge de notre périple, les gorges d’Imbros, en exclusivité à cette heure-ci ! On commence par les remonter, pour les redescendre ensuite, les seules gorges qu’on fera en aller-retour.

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Entrée, qui est en fait la sortie des gorges, si on suit le sens du courant ! 🙂

Ces gorges auraient été l’unique moyen pour les habitants de la région de Sfakia de rester connectés au reste de l’île tant la région est accidentée. Il faut alors imaginer des cortèges de mules descendant ou remontant la gorge qui, par endroits ne dépasse pas 1,60 m de large et dont le lit est parfois encombré de jolies roches sur lesquelles il est facile de se tordre une cheville. La route a désormais désenclavé la région, au prix d’une ribambelle de lacets, un vrai défi de pilotage pour les automobilistes.

Le lit de la gorge est d’abord large, légèrement boisé car la rivière ne quasiment plus en surface, sauf peut-être suite à une averse abondante sur les hauteurs. Ensuite, la gorge est une succession d’ouvertures et de resserrements où la lumière ne parvient pas à pénétrer le canyon tant ses falaises sont hautes et étroites. La pierre lissée témoigne d’une activité hydrologique intense dont on peine à imaginer l’ampleur aujourd’hui tant le sol semble sec.

Même si on ne voit pas d’eau, les arbres sont bien là. Des cyprès, des platanes et des pins s’élèvent, défiant ces murailles minérales, preuve s’il en est qu’au milieu, sous ces cailloux, coule une rivière. Dès que les falaises s’adoucissent et laissent place au soleil, la végétation en profite ! Au milieu des arbres précédemment cités, on trouve des buissons de lentisques, lauriers roses, sauge, plus loin des figuiers…

Les chèvres aux longs poils et les brebis s’invitent également dans ce paysage bucolique. Les premières, les plus agiles sur terrain accidenté, se repèrent souvent en levant la tête, sur une corniche improbable ou en train de chercher quelque chose à se mettre sous la dent dans un gigantesque éboulis. Les brebis, elles, sont moins téméraires et préfèrent rester là où le terrain est plus « facile ». Ces brebis, au poil long et presque soyeux, ont un crâne particulier. Leur tête ressemble à un bec de perroquet, le museau recourbé vers le bas, comme une adaptation naturelle au terrain rocheux où picorer pourrait presque désigner la façon dont on se nourrit ici, lorsqu’elles cherchent, entre les cailloux ou les anfractuosités du terrain, l’herbe nourricière.

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Chèvres passe-partout !

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Brebis moins téméraires et plus pépères !

Au cœur de la gorge, un bel âne blanc est attaché à une corde d’une dizaine de mètres. A notre approche, il se met à respirer, rapidement, comme pour commencer à braire. Nos caresses semblent le calmer. Plus loin, un abri de bois avec suspendus, des crânes de chèvre auxquels on a fait porter des lunettes de soleil, des drapeaux grecs en guirlande, des photos d’identités, des messages gravés, inscrits, scotchés, des tapis tendus pour constituer des murs, et des toilettes aménagés, grand luxe. Etonnant repère.

Arrivés à la fin de la gorge, nous trouvons la cabane du garde de l’entrée de la gorge. En effet, une petite participation de 2€ est demandée à chaque visiteur. Nous choisissons de faire une pause ici, hydratation et bricoles à grignoter. On laisse passer un groupe de touristes allemands qui s’apprêtent à dévaler le canyon en sandalettes ou baskets légères, auxquels il est difficile d’arracher un « hi » de salutation !

On entame le trajet retour, strictement le même, mais qui permet de voir des choses qui nous avaient sans doute échappées en montant, de reprendre quelques photos et de contempler d’autres vues. A nouveau on parcourt les boyaux étroits et froids de la gorge, à nouveau on hume les odeurs des buissons qu’on effleure… la sortie, le soleil est déjà haut dans le ciel. On cligne un peu des yeux en regagnant la voiture. Nous retournons à Chora Sfakion, prêts à continuer notre progression du jour, mais il faudra un petit thé avant !

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