Samaria, qui es-tu ?

Ce serait dommage de partir de Samaria en résumant cette merveille naturelle à une randonnée de quelques heures… Vous n’êtes pas restés un peu sur votre faim après avoir terminé de lire le billet précédent ? Quand je suis remontée sur les bords du plateau à Xyloskalo, je n’avais qu’une envie, trouver un petit livre qui pourrait répondre à mes questions sur la géologie, les particularités de cette gorge et son histoire. Ce que j’ai trouvé dans les boutiques était un peu vieillot ou… en grec. Alors j’ai décidé de sortir ma loupe et de partir moi-même en investigation !

Voici donc un billet, fruit de mes recherches, qui vous aidera à faire connaissance avec la gorge, avant, qui sait, une future randonnée ?

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La récompense quand on remonte

Un Parc National haut lieu de résistance

Peuplement 

Le village d’Agia Roumeli est bâti sur les ruines de l’ancienne cité minoenne de Tarra, mentionnée par Homère comme étant l’une des 100 cités de Crète. Tarra était une cité prospère, point de passage entre Rome et l’Egypte, avec comme principal atout, l’exportation de bois vers l’Egypte, Mycènes, Knossos ou Troie, destiné à la construction de navires. Les habitants étaient eux-mêmes propriétaires de bateaux et pratiquaient la piraterie.

Le vieux village d’Agia Roumeli, proche de la sortie de la gorge, a été détruit par une crue dans les années 1950. Longtemps laissé en ruines, on voit aujourd’hui que certaines maisons ont été remises sur pied et d’autres sont en cours de reconstruction.

Le village de Samaria est dépeuplé depuis 1962, année de la création du parc national. Auparavant, il était essentiellement habité par des bûcherons puisque l’économie locale était tournée vers le bois. Dans la gorge, on peut trouver par endroits, des traces d’anciennes scieries. L’hiver, les habitants ne pouvant rejoindre le village d’Agia Roumeli par le fond de la gorge, en eau, étaient contraints d’emprunter un sentier montagneux difficile. Le village devait compter avec cet isolement.

Xyloskalo marque le point de sortie pour qui remonte la gorge. Aujourd’hui transformé point d’accès gardé avec des boutiques et ses restaurants, Xyloskalo n’est pas un village. En grec, le terme signifie « escalier de bois » ou « échelle », en référence à l’ouvrage que les habitants avaient construit pour entrer et sortir de la gorge. En effet, à cet endroit, du bord du plateau jusqu’au fond de la gorge, la pente est très raide. Aujourd’hui, le passage a évolué avec des garde-corps de bois et des filets pour éviter que les pierres vous tombent sur le crâne.

Samaria, territoire de refuge et de résistance

Comme on l’avait précédemment évoqué lors de notre randonnée dans les gorges d’Imbros [maillage], les gorges sont des lieux de passage mais aussi de protection contre les envahisseurs successifs. En effet, la localisation, pour le cas de Samaria, dans le sud-ouest, un territoire escarpé et la configuration tortueuse et étroite permet d’y trouver naturellement refuge.

A Samaria, on a lutté contre l’occupant vénitien, puis contre les Turcs, notamment à la fin du XVIIIe siècle, lorsque Giannis Bonatos, à la tête de 200 hommes parvint à les repousser en tenant les Portes (passage le plus étroit de la gorge). De même lors des grandes révoltes de la Grèce contre l’occupant Turc, les Crétois ont longtemps trouvé refuge dans la gorge, sans que l’on parvienne à les capturer.

Bataille de Giannis Bonatos et ses hommes contre l'occupant Turc

Bataille de Giannis Bonatos et ses hommes contre l’occupant Turc

En 1869, toute la Grèce était de nouveau entre les mains des Turcs. Toute ? Non, une petite gorge peuplée d’irréductibles crétois résistait encore et toujours à l’envahisseur. Agia Roumeli, Samaria et Omalos étaient des lieux de rassemblement, de stockage de vivres et de munitions pour la résistance. Omer Pasha avait tenté, deux ans plus tôt, de mater la région, en envoyant 4000 hommes et en bombardant Agia Roumeli. Une fois de plus, les assaillants n’ont pas pu s’emparer de la gorge.

Beaucoup plus tard, lors de la Seconde Guerre Mondiale, la Crète subit une nouvelle occupation, celle des Allemands. Encore une fois, la gorge de Samaria a joué un grand rôle pour abriter et cacher les partisans.

 

Un Parc National, pas un musée

La géologie, formation accélérée

Marcher dans la gorge de Samaria, c’est visiter un monument de plusieurs dizaines de millions d’années, où la géologie change régulièrement, comme pour nous conter l’histoire des lieux. Des falaises plissées, des parois polies qu’on a envie de caresser, des amalgames de galets marins, des éboulis. On traverse une grande diversité de couleurs, de formes, de textures et de volumes, et si comme moi, on aime les cailloux, on resterait des heures à contempler et à toucher ces merveilles.

Rien de plus normal, ensuite, que de s’intéresser au pourquoi du comment ! Je ne vais pas faire un cours, j’en serais bien incapable, mais juste un petit résumé des grands bouleversements géologiques qui ont donné naissance à la gorge de Samaria et à ses copines de la région.

Il était une fois…il y a 25 millions d’années, la naissance de la région Egée. C’était une bande de terre, constituée de hautes montagnes et de dépressions remplies d’eau, qui reliait le sud-ouest de l’Europe à l’Asie Mineure.

Ensuite, il y 10 millions d’années, au Tertiaire, les eaux de la Méditerranée ont commencé à inonder l’Egée, formant les îles de la mer Egée et la Crète, 2 millions d’années plus tard.

Au Pliocène (-3 à –1 million(s) d’années), la zone a connu une succession de périodes de bouleversements tectoniques : soulèvements et affaissements, avec la création d’une faille profonde dans la mer de Crète.

Relief marin de la Méditerranée

Relief marin de la Méditerranée

Au Pléistocène (de 1 million à 25 000 ans avant le moment où je tapote sur mon clavier), les mouvements de bascule se poursuivent avec en plus, une alternance d’épisodes glaciaires. Ces épisodes se traduisent par des phases de progression et de retrait des glaciers entraînant des évolutions du niveau de la mer, et l’émergence de passages terrestres entre la Crète et les îles qui l’entourent, avant d’être submergés à nouveau.

La gorge de Samaria se serait formée durant le Quaternaire, la période qui a commencé il y a près de 3 millions d’années. Le socle dolomitique de la zone aurait été fracturé par divers facteurs, créant le sillon d’aujourd’hui : action glaciaire et phénomène karstique (érosion liée au mouvement mécanique de l’eau et à son action chimique sur les roches carbonatées comme les calcaires par ex.)

Aujourd’hui, la gorge continue de subir ces phénomènes d’érosion et de creusement. L’accès au parc est fermé d’octobre à avril, car la rivière reprend ses droits et son fonctionnement naturel, avec ses crues. Une fois la saison hivernale passée, le personnel du parc doit remettre le chemin et les aménagements en état avant l’ouverture aux visiteurs.

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Les p’tites fleurs et les p’tites bêtes

Les gorges en général sont des écosytèmes bien vivants et Samaria en est un magnifique exemple. Vous y découvrirez de nombreuses plantes endémiques de la Crète, notamment des chasmophiles qui adorent se blottir dans les fissures des falaises. Vous trouverez également une pharmacie 100 % naturelle avec la présence de plantes médicinales et aromatiques aux vertus diverses : thym, origan, sauge, marjolaine et le célèbre dictame de Crète. Le dictame, « diktamos », endémique de la Crète, est connu pour ses vertus toniques, anti-douleurs, diurétiques, antiseptiques, digestives, et paraît-il, aphrodisiaques !

Comme la plupart des gorges de la région, à Samaria, vous cheminerez dans des zones exclusivement minérales et d’autres où vous pourrez sentir les essences des pins, chênes kermes, platanes, lauriers roses et cyprès. A proximité de la chapelle d’Agios Nikolaos, vous trouverez paraît-il, les spécimens de cyprès les plus hauts de Crète et vieux de plusieurs centaines d’années.

Du côté de la faune, si vous levez la tête, vous apercevrez certainement de nombreux oiseaux : vautours, aigles (de Bonelli et royaux), corbeaux, chouettes, hirondelles, bécasses et les oiseaux migrateurs, qui font une pause en Crète avant de rejoindre des climats plus chauds. L’animal emblématique de la gorge de Samaria est le kri-kri ou agrimi, la chèvre sauvage, endémique de la Crète, dont l’apparence des mâles ressemble beaucoup à nos bouquetins : des cornes annelées, un pelage ras, châtain avec une grande ligne noire sur le dos. L’aire de répartition des kri-kri, qui compte aujourd’hui environ 2000 individus, est assez restreinte (gorges de Samaria, Tripiti, Elygias et Klados) . Le foyer principal se trouve à proximité du village de Samaria, mais vous pouvez en observer tout au long de la gorge à condition d’être discret et attentif.

Bien sûr, outre les kri-kri, stars locales, il y a toutes ces petites bêtes mignonnes qui ont établi domicile dans Samaria : les blaireaux, les putois et les lièvres.

La randonnée 4 étoiles

Le parc est très bien aménagé (parfois trop ?), de l’entrée jusqu’à la sortie. Je tire mon chapeau aux employés qui nous permettent de déambuler sans risque ou presque, quand on sait que l’hiver et la présence d’eau dans la gorge oblige chaque année, à tout remettre en état !

Pas besoin de se charger en eau pour faire la randonnée car très régulièrement, vous trouverez des points d’eau aménagés, avec souvent, de vrais toilettes.

Un détail que vous ne manquerez pas de remarquer dès l’instant où vous entrerez dans une zone boisée, c’est la disposition à distance régulière, d’extincteurs. La zone forestière avec une litière particulièrement sèche, surtout en été, présente un risque évident d’incendie. C’est pour cela que l’on demande régulièrement aux fumeurs de ne pas s’en griller une dans certaines zones plus exposées. Mais tout ça relève du bon sens.

Tout au long du parcours, des panneaux proposent des explications culturelles, botaniques, faunistiques et géologiques. D’autres panneaux, signalétiques cette fois, vous enjoignent de passer rapidement en certains endroits particulièrement exposés à la chute de pierres. Ce qui n’a pas manqué de nous faire sourire lorsqu’on remontait, mollets bouillants, la partie la plus raide vers Xyloskalo : « marchez vite », qu’ils disaient !

Allez, vous savez presque tout maintenant sur Samaria, il ne reste plus qu’à serrer ses lacets et c’est parti pour 5 à 7h de plaisir ! (voir la randonnée).

 

En remontant, ça devient plus difficile, mais le panneau est convaincant !

En remontant, ça devient plus difficile, mais le panneau est convaincant !

 

 

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