De Sougia à Paleochora

Lever de soleil depuis Sougia

Lever de soleil depuis Sougia

Au réveil ce matin, le ciel est bas, chargé de plaques de nuages gris, l’atmosphère est humide. Nous nous rendons à la boulangerie du village, ouverte depuis 5h ce matin, pour prendre un petit déjeuner bien consistant avant de nous mettre en route.

Repus, nous commençons par longer la mer, comme toujours, pour nous enfoncer de nouveau dans le relief de la falaise. Nous suivons le lit d’une rivière, tortueux à souhait au milieu de la roche lisse. Dans cette petite gorge, la moindre petite dénivellation nous fait fondre comme neige au soleil. Impossible de rester secs dans cette atmosphère tropicale !

Nous suivons une petite gorge

Nous suivons une petite gorge

Le petit replat du cap que nous venons de gravir nous permet de sécher un peu. Le chemin devient ocre rouge, avec des pierres incrustées qui, toute Barcelonaise que je suis, me rappellent les trencadis de Gaudí[1]. La mer gris-bleue est écrasée sous le ciel cotonneux, dont un des avantages est de faire ressortir les nuances colorées du paysage.

Nous descendons sur le village antique de Lissos. Le temple d’Esculape, équivalant romain d’Asclépios, dieu grec de la médecine, est le premier témoin de l’époque romaine, avec ses mosaïques toujours sur site. En déambulant, on croise des ruines d’anciennes bâtisses, les vestiges de terrasses, des oliviers sans âge, des chapelles plus « modernes » le tout dessinant une langue de terre aménagée qui descend jusqu’à une petite plage de graviers. Le site semble toujours utilisé pour des fêtes ou des réunions « alternatives » car des couleurs arc-en-ciel égaient les arbres, les murets…

Lissos

La région de Lissos

Une nouvelle montée nous transforme encore une fois en randonneurs dégoulinants. Après l’effort, le réconfort : nous parvenons à un nouveau replat qui nous offre de belles vues dégagées sur la mer. Au loin, un troupeau de chèvre s’agite. Au milieu, un homme impressionnant par sa stature et son regard renfrogné s’affaire dans son pick-up rouge. Nous le saluons par un « kali mera » d’usage et nous continuons notre route. Quelques secondes après avoir dépassé le troupeau, nous tressaillons. Le berger vient d’émettre un grand cri grave et autoritaire pour rassembler ses bêtes. Et la réaction ne se fait pas attendre. Les chèvres au poil brillant et soyeux se lancent dans une course effrénée pour rejoindre leur nouvel enclos. Des rebelles partent dans la mauvaise direction et se font rappeler à l’ordre par un nouveau hurlement. Avec Hervé, nous restons bouche bée, car la méthode est sacrément efficace !

Quelques dizaines de mètres plus loin, deux morceaux de montagne matérialisent une porte fictive, comme pour passer d’un monde à l’autre. En effet, derrière nous attend une vue formidable sur la côte qui mène à la ville de Paleochora dont on voit clairement l’étendue. Il ne nous reste plus qu’à descendre tranquillement et longer la côte enchanteresse.

Panorama depuis ce que j'appelle les Portes !

Panorama depuis ce que j’appelle les Portes !

Panorama : tout au fond, Paleochora

Panorama : tout au fond, Paleochora

Tranquillement ? C’est sans compter la nature du sentier qui va nous compliquer la tâche ! Nous sommes au paradis de la pierre roulante, celle qui ne tient pas en place, qui a la bougeotte dès qu’on lui impulse le moindre mouvement, celle qui vous fait immanquablement tomber si par malheur vous n’avez pas posé le pied au bon endroit… La descente est donc moins rapide que prévue.

Une fois arrivés au niveau de la mer, un groupe d’une bonne vingtaine de randonneurs français est en train de faire une pause au-dessus d’une crique minuscule. C’est ici même que nous ferons notre pause baignade. De belles lumières, une plage grande comme un mouchoir de poche, le bleu turquoise de l’eau lorsqu’un rayon de soleil perce la couche de nuage… il n’en fallait pas plus ! Ni une ni deux, nous voilà tout joyeux à laisser l’ondulation des vagues courber nos corps légers comme des bouchons de liège. Quel plaisir !

Nous nous rhabillons, prenons quelques photos avant de repartir. Nous croisons une paire de fesses masculines, un randonneur nudiste qui essaie tant bien que mal de capter le soleil. Le ciel devient plus chargé, au loin, au sud-ouest, on distingue sur la mer de larges bandes sombres verticales… la pluie ! Reste à savoir combien de temps il nous reste avant de recevoir les premières gouttes.

On ne va pas y échapper !

On ne va pas y échapper !

Quelques centaines de mètres plus loin, l’odeur de la pluie parvient à nos narines. Une goutte, puis deux, puis dix. En toute hâte, je sors mon k-way, surtout pour protéger mon sac à dos qui n’est pas imperméable. Pluie battante, vent qui se lève, ça y est, nous sommes dans la zone sombre que l’on voyait se rapprocher depuis la mer. Pour la première fois depuis le début de notre périple, nous recevons de la pluie ! Et pas qu’à moitié puisque jusqu’à la fin de notre randonnée, nous marcherons sous les grains.

Arrivés à Paleochora, la mer a clairement changé d’aspect : d’un calme plat ou presque, elle est devenue agitée, avec de jolis creux qui viennent frapper l’enrochement qui protège la ville. Nous croisons un pick-up rouge, dont le conducteur nous salue généreusement avec un large sourire… C’est notre berger rencontré quelques heures plus tôt ! La mine renfrognée s’est transformée en visage jovial et accueillant, quelle jolie surprise !

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Petite éclaircie

Petite éclaircie

La pluie continue de nous accompagner, alors nous nous réfugions dans un café, avec… ? Un thé de la montagne pardi ! Nous sommes bien trempés alors une boisson bien chaude nous fait du bien. Nous en profitons pour consulter la météo : dans les 3 jours qui suivent, on nous annonce beaucoup de pluie, du vent et une mer agitée.

La plage ouest de Paleochora pendant une éclaircie

La plage ouest de Paleochora pendant une éclaircie

Notre décision est prise, nous arrêtons là notre périple côtier qui devait nous mener jusqu’à Elafonissi. Cela ne sera pas agréable de poursuivre sous la pluie, surtout sur un territoire aussi beau avec bientôt des plages paradisiaques comme à Elafonissi. Notre plan B nous mènera en car jusqu’à Chania (La Canée) pour y passer la fin de la journée. Quant à la côte sud, ça n’est pas grave, nous reviendrons !!

Chania (La Canée) à la fin d'une journée à la météo tourmentée

Chania (La Canée) à la fin d’une journée à la météo tourmentée

[1] Le trencadis ou « pique-assiette » est un genre de mosaïque qui consiste à casser des morceaux de céramique pour constituer de nouvelles formes. Le Park Güell de Barcelone en montre des exemples typiques.

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