De Chora Sfakion à Loutro

Résumé de l’épisode précédent —  Nous avons entamé notre première journée d’itinéraire à pied dans le sud-ouest de la Crète. Le matin, nous avions remonté, puis descendu la gorge d’Imbros, rencontré nos premières chèvres à poil long, goûté à la fraîcheur des parois que le soleil ne parvient pas à atteindre.

Après notre petit thé de montagne, avec du miel s’il vous plait, pris en contemplant la mer à Chora Sfakion, nous nous lançons enfin dans notre parcours d’itinérance. L’après-midi, nous devons rejoindre Loutro à pied, en passant par le joyau du coin, la plage de Glyka Nera.

Chora Sfakion

Chora Sfakion

Sac à dos bouclé, ultra-léger pour ma part, car nous avons choisi de dormir chaque soir en hôtel ou pension. Réserves d’eau chargées. Le soleil est particulièrement chaud en ce 18 octobre et le chemin que l’on s’apprête à suivre est à flanc de falaise, où les arbres sont trop rares pour nous offrir de l’ombre.

Le sourire aux lèvres, nous quittons Chora Sfakion, d’un pas déterminé, presque sautillant tellement nous sommes heureux de ce que l’on s’apprête à vivre. Le spectacle est d’emblée grandiose. La petite route que nous suivons s’élève rapidement au-dessus du village et prend la direction du ciel. La Méditerranée scintille à notre gauche, au-dessus de nos têtes, un bleu presque noir enveloppe les reliefs. La glissière de sécurité, solidement arrimée, nous rappelle que de l’autre côté, c’est le grand plongeon.

Sur la route d'Anapoli

Sur la route d’Anapoli

La falaise à pic démontre une fois de plus la rudesse du terrain dans cette région de la Crète. Nous sommes en effet dans la partie de l’île qui comporte les massifs de montagne les plus élevés : les Montagnes Blanches (Lefka Ori), et le massif du Psiloritis en autres qui cumulent une vingtaine de sommets à plus de 2000m d’altitude. Ce relief hautement accidenté pousse l’homme à sans cesse trouver une parade, souvent coûteuse, pour se désenclaver et se connecter au reste de l’île.

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Voilà avec quel type de terrain il faut composer…au prix de nombreux zigzags

La route que nous empruntons était peut-être une piste de terre, elle-même ayant été un ancien chemin muletier lorsque celui-ci s’est ajouté ou substitué aux voies empruntant les gorges. Quand on traverse une région comme celle-ci, on se demande en permanence comment des hommes ont pu venir s’installer sur des terres aussi peu accessibles où seules les chèvres semblent ne pas faire état du relief. Nous marchons au bout du monde.

Pendant que nous suivons cette route à la pente marquée, j’ai l’impression d’être comme Icare, de voler au-dessus de la mer de Libye, de nager dans le grand bleu du ciel. Bientôt, une pancarte me ramène sur terre : pour rejoindre la plage de Glyka Nera, il faut quitter l’asphalte pour s’engager sur un petit chemin caillouteux qui descend en pente raide. Même si l’on perçoit difficilement le trajet qu’il emprunte, la présence des balises du E4 nous certifient que ce chemin mène quelque part.

Après quelques tout petits lacets bien raides, je vois ce qui m’attend. Il y a une brèche dans la falaise, que le ballet des vagues s’évertue à creuser. Nous allons tout bonnement longer cette brèche, suspendus à quelques dizaines de mètres au-dessus de la mer. Tout bonnement. Mouais. Le hic, c’est que malgré le nombre de randonnées que j’affiche au compteur, il y a quelque chose que je n’ai jamais réussi à dompter complètement : la peur du vide. Donc en ce moment précis où le chemin m’apparaît, si étroit, si haut, si tout près du vide, mes jambes se transforment en spaghettis.

Comment traverser un passage délicat avec des jambes-spaghettis ? Je reprends mes bonnes habitudes, celles qui m’ont permis d’avoir moins peur du vide qu’il y a quelques années : je me parle à haute voix pour m’encourager et je respire profondément, pour me relâcher. N’empêche que c’est quand même étroit et impressionnant ! Hervé est patient, il se retourne régulièrement, sondant les expressions de mon visage et ma gestuelle pour voir où j’en suis sur l’échelle de la frayeur.

Ma démarche s’est transformée en quelque chose de peu académique qui ressemble au crabe, ou à l’araignée. Chaque membre est mis à contribution pour me souder littéralement à la paroi. Le haut du corps sensiblement dirigé vers la roche, le regard qui fuit le vide, le cœur qui s’emballe, quelques pas et ouf, le sentier devient plus horizontal, plus large, et s’éloigne légèrement du bord de la falaise. Je suis vivante !!

A partir de là, la randonnée devient un jeu d’enfant, dans tous les sens du terme. Le sentier est à la fois plus facile et ludique une fois au niveau de la mer car il slalome entre les rochers qui tutoient alors paisiblement les flots. Nous posons le pied dans les graviers de la plage de Glyka Nera, nous allons faire une halte paradisiaque.

Me voilà bien plus à l'aise ! Au fond, on aperçoit le gris de la plage de Glyka Nera

Me voilà bien plus à l’aise ! Au fond, on aperçoit le gris de la plage de Glyka Nera

Glyka Nera, qui en grec, signifie « eau douce » est une plage où, si on creuse un peu en des points précis, on peut voir voir surgir une nappe d’eau fraîche. Ainsi, sur la plage, les campeurs et les baigneurs ont aménagé de petits bassins naturels dans les galets pour pouvoir utiliser cette eau pour se rincer après le bain de mer. Attrapez le seau à disposition, renversez-le, profitez d’une douche revigorante, 100% naturelle, et remplissez à nouveau le seau pour le prochain. Telle est la marche à suivre.

Outre cette particularité, Glyka Nera est une plage magnifique. La bande de sable et de galets est adossée à une falaise monumentale où les ocres, les blancs et les gris se mêlent pour peindre une toile de fond éblouissante. Quelques tamaris apportent un peu d’ombre aux nudistes, « habillés », campeurs et randonneurs qui cherchent un peu de répit sous le soleil écrasant. Les eaux cristallines et fraîches du fait des sources laissent entrevoir de jolis fonds rocheux qui dansent au gré des vagues.

La plage et ses petits bassins d'eau douce

La plage et ses petits bassins d’eau douce

Ce qui rend cette plage paradisiaque, c’est l’impression d’être au bout du monde, exclusivement tournés vers la mer, car on ne peut rejoindre Glyka Nera qu’à pied où en bateau. Ce joyau peu accessible renforce mon sentiment de liberté de voyageuse à pied et ce bonheur d’être déconnectée géographiquement, mais aussi mentalement. Plaisir exquis qui valait bien quelques frayeurs !

Glyka Nera

Glyka Nera

Pendant qu’Hervé joue avec une chèvre très, voire trop sociable qui a tout même réussi à lui chiper une mandarine…en piochant directement dans son sac, je laisse sécher ma peau au soleil avant d’enfiler à nouveau ma panoplie de randonneuse.

Nous quittons la plage en remontant en quelques pas sur un petit cap. Quelques photos pour immortaliser ce doux plaisir que nous venons de vivre à Glyka Nera et c’est Loutro qui nous apparaît à l’horizon. Le sentier suit la mer, proposant quelques petites criques rocheuses avant de rejoindre le petit village de Loutro, terme de notre journée.

Orientée à l’est, la paisible petite baie de Loutro offre un excellent abri aux bateaux. Ancien village de pêcheurs constitué de quelques dizaines de maisons blanches, la cité est aujourd’hui largement tournée vers le tourisme. Invitation au farniente et à la contemplation, Loutro est d’autant plus agréable qu’on n’entend pas une voiture. Et pour cause, aucune route ne permet d’y accéder. Encore une fois, ce bout du monde ne se rejoint qu’à pied ou en bateau, lorsque la mer le permet.

Littéralement séduits, nous profitons des dernières heures de la journée pour nous baigner, siroter une Mythos bien méritée et, pendant que les tavernes commencent à diffuser d’alléchantes odeurs de poissons grillés, nous filons droit sur le petit promontoire rocheux au-dessus du village pour conclure cette magnifique journée en regardant le soleil plonger derrière l’horizon.

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4 réflexions sur “De Chora Sfakion à Loutro

  1. Bonjour et merci pour votre réponse.
    Ca devrait aller alors car nous ne sommes pas (trop) sujets au vertige.
    Concernant les gorges d’Imbros, on la ferait qu’en aller (on prendra un taxi à Komitades pour récupérer notre voiture). Le bateau pour Loutro, pas trop le choix : rien entre 13h30 et 16h. Nous prendrons donc celui de 13h30 et comme ça, nous pourrons faire la gorge d’imbros un peu plus tôt que prévu.
    Mon itinéraire pour la semaine est bouclé, j’espère qu’on arrivera à s’y tenir (nous n’avons réservé que la 1ère nuit, les autres, on verra sur place pour plus de souplesse).
    Ah que j’ai hâte d’y être… Balos, Elafonisi… entre autres… Les voir en vrai et les faire découvrir à mon homme qui n’a vu aucune image des endroits que l’on va visiter.
    J’essaierai de vous faire un résumé !
    Bonne journée

  2. Bonjour,

    Chapeau pour vos randos !
    Nous sommes un couple et nous allons en Crête au mois de juin. J’ai prévu de faire la rando chora sfakion-loutro avec retour en bateau. Est-elle si difficile que ça ? On pensait la faire le matin et faire les gorges d’imbros vers 16h. Pensez-vous que faire les 2 dans la même journée est faisable ? Et dernière question : combien de temps avez-vous mis pour faire ces 2 randos ? Merci.

    • Bonjour Emmanuelle !
      Merci pour votre commentaire !
      Pour répondre à tes questions, le tronçon Chora Sfakion – Loutro n’est vraiment pas compliqué, la seule difficulté étant la gestion de la peur du vide, si l’un de vous est dans le même cas que moi. C’est une bonne idée de partir le matin, pour profiter de la tranquillité du lieu et surtout de la plage de Glyka Nera. Nous avions effectué le tronçon entre les deux villages en 2 heures, sans compter la pause baignade à Glyka Nera. (Nous marchons à un bon rythme de randonneurs expérimentés)
      Concernant les gorges d’Imbos, je vous recommande de les faire un peu plus tôt, surtout si c’est un aller-retour car nous avions mis 3 heures au total, toujours avec un bon rythme. Le soleil en Crète se couche assez tôt alors c’est bien de les commencer en début d’après-midi !
      J’espère que ces conseils vous aideront à profiter au mieux de la région ! N’hésitez pas à partager votre expérience ensuite ! 😊
      À bientôt !

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